
Jeanne est moins amoureuse de Jean depuis qu’elle a enseveli le hérisson sous un tas de feuilles. Comme si, avec la mort de Tom, l’allié des jardiniers et des jardinières, elle avait failli à sa mission de prendre soin des plus petits et des plus fragiles. Elle ne se sentait pas à la hauteur et avait peur d’avoir déçu Jean qui était bien embêté. Qu’adviendrait-il de leur cause commune si Jeanne était moins amoureuse de lui ? Le hérisson, comme un emblème de la vie fragile et légère. Toute l’affection de Jeanne était partie dans la figure du hérisson. Jean passait à côté. Il avait besoin de s’incarner dans un nouvel objet. Il prendrait bien cette figure du hérisson qu’il faut protéger des rigueurs de l’hiver. Pour l’instant il était mort et Jeanne était obnubilée par lui trouver un remplaçant. Il allait falloir attendre le printemps et Jean ne pouvait pas attendre jusque là. Il voulait que Jeanne l’incarne en pinson du nord mais pour l’instant, elle ne voyait que des moineaux et des chardonnerets. Jean sera désormais un chardonneret qui viendra manger ses graines de tournesol. Et c’est qu’il chante bien en plus. Jean le chardonneret n’aura pas à se disputer avec les mésanges, il restera avec ceux de son clan. De penser que Jean était un chardonneret, Jeanne ressentait un regain d’intérêt pour son poète qui a besoin de beaucoup d’amour pour continuer son combat pour la littérature et la nature.
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