
Jeanne avait l’impression que les gens la fuyaient, ce qui la met en danger. Elle ne veut pas faire d’introspection mais elle aime trop son Jean pour se dire que les gens ne l’aiment pas. Pourtant, c’est une chose assez sûre : les gens ne l’aiment pas et ils préfèrent une bouche en plastique à une bouche de la vérité. Elle aime Jean. Jean l’aime t’il encore ? Il n’est plus sûr de rien. Il aime ses circonvolutions et sa pensée non linéaire. Il aime ses boîtes en carton. Il aime son Soviet Union et ses cheveux qu’elle replie au-dessus de sa tête. Je t’aime, disent-ils chacun de leur côté en pensant à Lucien de Rubempre. Splendeurs et misère des courtisanes et surtout Illusions perdues. Deux romans de Balzac qu’ils avaient lu. Peut-être faudrait-il qu’ils les relisent. Sont-ils pris eux aussi dans une machination ou vivent ils leur vie loin de leur prison ? Leur prison, c’était la poésie. Nul autre pareil qu’eux-mêmes se savaient en surveillance. Je t’aime pour toute l’existence, se dit Jeanne en pensant à Jean. Je t’aime par inadvertance, se dit Jean en évoquant Jeanne dans ses correspondances. Aimer, ils n’ont plus que ce mot à la bouche. Ils sont dans leur bouche de vérité. Et dans leur vérité, c’est l’amour qui leur plaît.
Laisser un commentaire