
Jeanne ne sait plus ce qu’est l’esprit de révolte. Depuis quelques années, elle s’était condamnée à se résigner. Sa maladie ne lui donne même plus l’occasion de s’indigner. Plus rien ne la révolte. Elle se mure dans une carapace d’indifférence à part son amour pour Jean. C’est ce qui lui sert de différence. Jean, quant à lui, s’indigne pour un rien mais il ne se révolte plus. Il met toutes ses revendications dans ses poèmes en forme de questions. Son amour pour Jeanne le rend serein. Tous deux ne se révoltent plus, le pouvoir en place a gagné des litres et des kilomètres d’indifférences. Jean voudrait bien regagner en confiance mais il sentait que Jeanne l’agacait avec toute cette confiance en elle qu’elle n’avait jamais eue. D’où le sens de la révolte qu’elle avait perdu. Elle aime Jean. Ça c’est un fait. Mais que faut-il pour qu’elle retrouve ses facultés d’indignation ? Elle vit bien pour l’instant. Elle se revoltera plus tard, lorsqu’elle aura mis Jean dans son lit. Leurs deux corps étaient faits pour la révolte et ils sauront s’indigner quand il sera temps de faire barrage au plus funeste des desseins. Dehors, la guerre fait rage et Jeanne se contente de son cocon de littérature qu’elle s’est créé. Il faudra bien un jour qu’elle s’indigne et qu’elle dise stop à tous ces faits qui seront bientôt du passé. Mais ce n’est pas encore pour demain et elle cherche un accord avec Jean pour que leurs deux corps se rapprochent. Tous les deux étaient dans leur cocon de littérature et appréhendaient les choses de manière distincte. Il faudrait qu’ils récupèrent leur capacité de nuisance pour prendre position contre les pouvoirs en place. Eux, les deux moucherons, se feront broyer. C’est pour cela qu’ils songent à l’auto-edition pour publier leurs poèmes. Qu’à cela ne tienne. Jean avait franchi le pas. Il ne reste plus qu’à Jeanne de faire de même.
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