
La mère de Jeanne n’a pas envie de mourir. Elle se dit au bout du rouleau, son cœur épuisé, fatigué. Est-ce qu’elle va mourir bientôt ? Serait-ce une libération pour Jeanne ? Pour l’instant, sa mère s’accroche à Jeanne par tous les moyens. Jusqu’à quel point est-elle mal en point ? Attendent-ils, à l’hôpital, que son cœur lâche ? Le cardiologue dit que son cœur va mieux. Une infirmière lui aurait dit que son cœur était foutu. Tout va bien pour Jeanne qui repart avec cette phrase dans sa solitude quotidienne. Comme d’habitude, sa mère se jouerait-elle d’elle pour qu’elle soit à son entière merci, éternelle esclave d’une mère ogresse et manipulatrice ? Tatie Danielle aurait-elle encore frappé ? Jeanne pense qu’elle s’est encore mise à dos tout le personnel soignant. Elle a du mal à supporter sa nouvelle voisine de chambre. Elle reste arrimée à son fauteuil, petite amirale d’un corps en perdition. Sa tête, en revanche, fonctionne parfaitement bien. Elle n’a jamais aussi bien fonctionné. Jusqu’où Jeanne peut elle croire sa mère ? A partir de quand doit-elle se préserver ? Elle en a le devoir, pour ne pas sombrer tout à fait. Sinon, Jeanne mourra certainement avant sa mère. De fatigue, à force de ne pas savoir se préserver. Sans sa mère, Jeanne sait pertinemment qu’elle sera seule au monde. Et advienne que pourra.
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