
Jeanne va couper les actualités et brouiller les interférences. Elle ne veut plus penser qu’à son nombril et à son chat qui l’aimait précieusement. Finis les longs parcours sur les réseaux sociaux où l’on parle de déserts de desserts et de dessertes. Jeanne est loin de ces instances de déplaisirs, de ces Black friday où tout se brade, se solde en un rien de temps. Alors pourquoi ces prix n’auraient pas pu être affichés depuis si longtemps ? Jeanne ne veut pas évoluer dans ce désert de la vie humaine, dans ce manque de perspective qu’est la possession d’une chose, d’un objet, d’un quoi ? D’un rien au fond. Perec l’avait déjà bien écrit dans Les choses, cette fuite en avant où tout s’organise autour de la consommation, en dépit du temps dont on dispose, de notre libre-arbitre et de notre bonheur, si jamais il devait exister un bonheur. Jeanne se dit qu’elle a tout de même besoin de deux ou trois petites choses pour s’installer en tant qu’ecrivain. Une bibliothèque de couleur blanche ou rose pale d’un mètre de largeur environ et d’un mètre 80 de hauteur, d’une imprimante qui fonctionne et de pochettes de classement. Pour ces dernières, Jeanne va fouiller dans ses réserves. Il faut qu’elle organise son temps entre travail et organisation administrative. Elle doit prendre ses dispositions, sinon elle est bonne pour coucher sous les ponts de Saint-Avit-les-Monts. Tout ce qu’elle souhaite avoir doit venir du réemploi. Parfois, Jeanne se sacrifie au discount sans éthique. Mais elle fait avec ses moyens. Elle va revenir au-devant de problèmes matériels. Une maison dont il faut payer toutes les charges à elle toute seule, la santé et le quotidien d’une Jeanne qui n’a plus de chat pour l’accompagner et qui se contente de son téléphone pour rester en lien avec l’extérieur. Tout est tellement hostile à sa personne : les bruits dans les magasins, les chausse-trappes de la rue. Jeanne a tout le temps l’impression qu’on lui tend des pièges. Pièges dans lesquels elle a peur de tomber. Des pièges qui sentent le métal et la suffisance. Bienheureux les gens beaux à qui tout réussit, dans le conflit d’intérêt, le clientelisme et le favoritisme. Jeanne est très loin de ce système. Mais chut, c’est le secret du beauceron qu’il faut continuer à taire. Endormons-nous, braves gens, dirait Jeanne, qui vient d’ôter ses œillères de la petite routine qui la tuait à petits feux. Maintenant, elle se tue à coups de contrefeux.
Ce matin, elle a vu le soleil se lever. Elle a levé le guidon de son nez. Gel au sol et feu dans le ciel orange rouge rose et bleu. Tant de couleurs lumineuses contrastant avec les ombres des arbres et des maisons. Jour, contre-jour, lumineux et semi-obscur. Il peut tout y avoir dans une photo, comme dans un roman ou dans la vie.

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