
Jeanne est blanche, absolument blanche. Elle est partie au paradis blanc de Michel Berger. Le succès sera-t-il assuré ? Le secret sera-t-il rassuré ? Jeanne passe son temps à vivre sur des réseaux sociaux verrouillés et vérolés. On cultive l’ambiguïté autour de sa vie, de ses origines, des souvenirs qu’elle n’a pas, des gens qui se sont nourris de sa vie, de la domination qu’elle a subie toute sa vie, de ceux qui savent, de ceux qui crient, de ceux qui tapent, de ceux qui insultent, de ceux qui violent, des histoires officielles et de ce qui fait une bonne comédie. Jeanne ne connaît pas encore la suite du scénario. Sa vie n’est qu’un scénario, un script rangé chez un notaire. Un avocat d’affaires ?
Jeanne se dit que Jean est plus tranquille à Château du Loir. Dans son quotidien, Jeanne ne connaît que des chagrins, des illusions auxquelles elle ne peut tenir. On a choisi pour elle ce qu’elle porte, les dents qu’elle n’a plus et les poils qu’elle a sur le visage. De ses cheveux sales et emmêlés, de son haleine pleine de café. Ce qu’elle a, les autres n’aura pas. Pourtant, ils sauront tout de ses peines, de ses chagrins et de son inexistence qui va pouvoir perdurer. Jeanne n’a pas d’existence, aucune consistance. Elle souhaite désormais finir sa vie en paix, réconciliée avec un passé chaotique, douloureux et certainement comique. Elle n’a pas de vue sur l’image qu’elle rend d’elle-même. Et après tout, elle s’en fiche. Elle ira faire ceci ou cela à telle heure, à tel endroit. Ce sera écrit quelque part, elle verra les absurdes de son enfance, se rendra compte que tout ceci n’a pas de sens, ne va pas dans le sien, qu’elle ne sera jamais écrivain, même pas cultivatrice de son champ devenu impossible. Que va-t-on faire d’elle désormais ? Quelle sera la suite du scénario ? Finira-t-elle clodo, clocharde, dormira-t-elle dans sa voiture dans laquelle elle ne pourra plus mettre d’essence, certainement bientôt cassée comme le prévoit le scénario qu’on va envoyer valser ? Aller faire un tour dans les cieux ? Y a-t-il un pilote dans l’avion ou a-t-il mis le pilotage automatique ? Les gens autour d’elle sont des robots. Elle est une caisse de résonance qui a tout enregistré. Elle joue de la grosse caisse, la majorette, dans un costume des plus splendides. Est-ce ceci qu’il fallait écrire ? Sa vie n’est plus qu’un cimetière géant rempli de personnes mortes aux champs d’horreur. Elle a tout enregistré, elle recrache tout, ne compte plus sur rien. Qu’en dis-tu, Jean, mon lapin ?
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