
Jeanne a vu un tas de gens aujourd’hui mais pas de Jean. Elle a fait de nombreux tête à tête avec des noms de gens apparemment heureux autrefois, elle les connaissait un peu mais peut-être pas suffisamment. Elle a encore de quoi inventer de belles histoires qui font du bien et qui virent de bord sans le savoir. C’est la ligne droite de Jeanne Decouty, de faire de la fantaisie burlesque avec le quotidien des gens, mais malheureusement pas avec celui de Jean pour l’instant. Elle l’attend et c’est ça qui est important, c’est qu’elle l’attend au tournant tous les soirs vers minuit mais il faut qu’elle évite les tête à queue des engins qui roulent à toute berzingue. C’est dangereux le Web, c’est un réseau peu fiable rempli de virus et de phishing qui installent des chevaux de Troie dans les puces des ordinateurs. Ça me fait penser que la mère de Jeanne l’appelait ma puce à l’oreille et c’est vrai qu’elle a peut-être une petite puce à l’oreille droite qu’on lui a fait quand elle a voulu des boucles d’oreilles quand elle avait dix ans. Et depuis, elle entend fréquemment des sifflements et elle a des voix parfois qui lui montent à la tête. C’est sûr maintenant, elle a des implants aux deux oreilles quand on lui a fait des trous dans les lobes. Et toi, touche pas à mon lobe, c’est dégoûtant et c’est sexuel, n’est-ce pas maman, qui touche souvent de lobe du messenger de ta fille pour lui faire comprendre qu’elle parle vite et bien, mais parfois un peu trop fort, qu’elle saoule et qu’elle n’écoute pas les propositions de chacun. Oui, mais ta fille, c’est de l’eau de vie, c’est pour ça que ça saoule. Fini l’aparte, chaque chose en son temps. Elle revient à sa raison pour le moment, il faut qu’elle se sente bien dans ses chaussettes trouées et qu’elle passe un bon moment à taper à la machine comme quand elle était enfant sauf qu’elle n’a jamais aimé jouer les secrétaires. Elle, elle était déjà un grand écrivain et elle a fait ses gammes avec un professeur de piano, des toccata de Jean-Sebastien Bach, ce ruisseau qui lui a donné le rythme à suivre. Elle ne s’était rendue compte de rien jusqu’ici. Elle se rappelle très bien de madame Proust, la femme d’un médecin directeur de l’hôpital d’Aurelcastel. Elle en avait assez qu’on l’ecartele entre sa vie de mère au foyer et de femme artiste. Elle a repris sa carrière de concertiste à l’âge de 53 ans et elle a eu beaucoup de succès à Aurelcastel. Elle jouait bien, Jeanne s’en souvient, parfois un peu binaire mais elle appuyait bien au fond des touches du clavier du piano demi-queue qu’elle s’est vue offrir par son mari et ses enfants à l’âge de 50 ans. C’est comme ça qu’elle a repris l’entraînement. Elle voulait du bien aux enfants, c’était une bonne mamie. En fait elle voulait se separer de son jean mais ça lui aurait coûté trop d’argent et elle a voulu rester vivre ici pour rester près des enfants et petits-enfants, parfois des pièces rapportées. C’était souvent pour la bonne cause. Elle discutait souvent avec madame Desmares, professeur de violon qui jouait parfois avec des gants de boxe pour montrer qu’elle était une championne en tout, sauf en sexualité avec son mari, comme madame Salvador mais en moins conne et en moins prétentieuse. Tout ceci est dangereux, je pourrais perdre mon job si on savait tout ce que je savais et ça se passerait au tribunal. Des flagrants délires ? La suite de Jeanne dans sa mare demain avec beaucoup d’espoir et de l’entrain. J’ai envie d’une bonne petite douche tout à coup. Tout le monde s’en fout, sauf les Inuits et les Margantin. C’est pour le climat, et ça se passe sur une autre page. A très vite…
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