De Jeanne à Jean

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Jeanne pense à Jean, son amant de Saint-Jean

Jeanne vit dans un sombre cachot

Jeanne ne sait pas pourquoi elle vit dans un cachot depuis sa naissance. Elle vit dans une petite cage dorée, comme n’importe quel petit Titi canari que l’on balade de pièce en pièce, menacé d’être dévoré par le vilain gros minet. Ceci est-il sérieux ? Oui, car en réalité, Jeanne se prénomme Louise et qu’elle a vu il y a peu sa tombe, ci-git Louise, fidèle apostolique de Sainte-Radegonde. Mais on n’avait jamais parlé de cette conversion à Jeanne-Louise. Car en réalité, Jeanne-Louise est née juive. Comme Max Jacob qui a voulu fuir le nazisme en s’engouffrant directement dans la gueule du loup. Par simple horreur du nazisme. Et peut-être aussi par défi ? Un défi à dieu ? Jeanne-Louise n’est pas une girouette comme on voit le nord, le sud, l’est, l’ouest indiqués sur la girouette de la photo. C’est le toit du cachot de l’enfance de Jeanne-Louise. Un toit en ardoise qui a pillé les roches de carrières du Maine-et-Loire. De l’Anjou faudrait-il dire ? Mais René d’Anjou est trop malveillant pour que Jeanne-Louise porte une quelconque attention à ses chevaux de l’apocalypse. Depuis son enfance, on a tiré Jeanne-Louise aussi bien vers le haut que vers le bas. On a toujours voulu pour elle le Top du Top of the Top tout en la maintenant dans une mouise psychologique et affective. Jeanne-Louise n’a jamais été aimée. On lui ment depuis sa plus tendre enfance. On la maintient dans un cachot secret dont elle n’a absolument pas le droit de sortir sous peine d’une mort certaine par asphyxie avec les bombes lacrymogènes qu’on lui a balancées. Ce sont des scènes de guerres permanentes quand elle sort de chez elle. Des guerres, des combats, des morts, des personnes du passé fondus dans de sombres décors de pacotille, des peintures écaillées, des crépis décrépis. Cette après-midi, Jeanne-Louise aurait pu tomber en faillite dans le moindre soupirail, la moindre faille où elle n’a pu s’infiltrer pour mieux ressortir et refleurir après. Cette après-midi, Jeanne-Louise a totalement sombré.

Jeanne-Louise n’est pas près de réchapper du côté sombre de sa vie. Tout s’emmêle inextricablement dans sa tête, ses souvenirs ou faux souvenirs qui reviennent pas bribes. En fait, on a fait en sorte que Jeanne-Louise soit la perdante d’un pauvre petit château fait de stuc, de paillettes pour licornes pour mauvaises têtes et mauvaises fêtes. On veut faire comprendre à Jeanne-Louise que le temps s’enfuit et que plus jamais elle ne pourra remonter le temps. En réalité, on lui a fait perdre du temps dans les méandres d’une vie médiocre et sans amusement, faite de détestations de soi ou d’un trop plein d’amour pour soi pour compenser ce vide affectif qui l’envahit chaque jour. Jeanne-Louise ne marche pas à l’affectif. En réalité, on l’a faite marcher, courir, pédaler, tourner en bourrique pour qu’elle parte en vrille. Jeanne-Louise a succombé dans les bras de gens sans scrupules. En fait, cette petite fille devenue vieille fille n’était qu’un stradivarius, une petite poupée à sculpter avec de la pâte à modeler. Un coup on la fait rire, un coup on la fait pleurer. Jeanne-Louise a dû mal à survivre avec ce trop plein de lucidité sur ce qu’a réellement été sa vie. Jeanne-Louise ne doit que vivre dans les apparences que les autres veulent lui laisser, ce superficiel dont elle s’est longtemps contentée pour se replier sur elle tant, dans sa vie, on s’est foutu d’elle. On l’a écartée de toutes réalités. On l’a écartelée sur des tables d’opérations, on l’a éviscérée, on lui a arraché toutes ses dents par simple goût du vice, pour qu’elle ne se reconnaisse pas et qu’elle devienne laide à faire peur. On lui injecte des hormones depuis sa petite adolescence pour qu’elle souffre d’hirsutisme. Jeanne-Louise ne dort pas depuis sa plus tendre enfance. On injecte en elle des images et des sons dont elle ne veut pas. On la fait souffrir sciemment. Jeanne-Louise veut tout faire capoter, ce mauvais film de pacotille de série Z pour libertariens de la génération zéros. Jeanne-Louise fait zéro faute. Zéro faute d’orthographe… C’est déjà ça. En fait, Jeanne-Louise se reprend toute sa vie en pleine tête, mais c’est une vie qui ne lui semble pas avoir connue ou reconnue. Elle ne reconnaît rien dans cette enfance, elle ne se reconnaît pas.

En fait, ces trois images sont de petites mises-en-scène de sa mère… Des objets obtenus en salles des ventes. Jeanne-Louise ne sait pas pourquoi sa mère a entassé tant de colifichets d’objets de la désuétude, dans une lumière aussi floue que les photos de David Hamilton. Jeunes filles perdues dans leurs fleurs à la fleur de l’âge ? Génération perdue ou juste une fille folle perdue ? Perdue pour elle et pour les autres ? Jeanne-Louise ne peut plus avancer. Elle est cassée, n’a plus de ressort. On l’a violée en songes, on lui a fouillé le corps, on lui a plombé les jambes, la cervelle, les seins, le dos, les pieds et les jambes pour qu’elle ne s’enfuit pas. Dans toute sa vie, elle a tenté de fuir, mais on l’a toujours tenue écartée de toute société pour qu’elle ne se mêle pas aux gens. Elle a porté les œillères qu’on lui a mises, infligées comme si elle était un petit baudet du Bas-Poitou. La vie de Jeanne-Louise ne ressemble à rien. Peut-être à un livre ? Et encore…. A un film de série Z …. ?
Jeanne-Louise ira au mois d’août finir sa vie dans un trou. Un trou béant, ouvert par de plus grands, des géants qui l’écrasent à tout bout de champ, en groupes dispersés et sans sommation. On tire sur elle à tout bout d’champ. Elle porte en elle la vindicte des puissants sur les pauvres gens. Oh, Jeanne-Louise n’est ni Cosette ni sa mère Fantine. Jeanne-Louise n’est qu’une divinité acquise à la cause des gens qui sont sur Terre pour adoucir un peu la vie des autres, la rendre plus quiète. Pour l’heure, Jeanne-Louise a joué les petites perturbatrices. Comme d’habitude, on a joué sur ses peurs, sa peur de la mort, sur ses antagonismes et ses indécisions. Jeanne-Louise ne veut plus rien connaître du monde qui tourne autour d’elle. Elle n’a plus envie de participer à aucun jeu, à part taper de manière incessante sur son clavier qui lui va décidément à ravir. Elle aime en tout cas son ordinateur et c’est déjà ça. Plus rien d’autre que ça ne compte à présent. Tout fil est rompu avec l’extérieur. Jeanne-Louise va se contenter de ce qu’elle écrit à présent, et uniquement de ce qu’elle écrit. On la met à l’écart ? Elle va écrire depuis cet écart, ce hameau où elle a perdu toute foi en l’humanité.

Jeanne-Louise est suffisamment torturée pour ne pas exister. Elle voit des bébés morts partout, des cimetières partout où elle passe. La Terre trépasse… Plus personne ne l’enlace. Il faut dire d’ailleurs que personne ne l’a jamais enlacée et qu’elle s’est bercée toute seule puisqu’elle a été adoptée par des Thébnardier indigents. Jeanne-Louise est-elle bête comme ses pieds comme le chantaient si bien son grand frère Roran l’intransigeant et son cousin Titi le pédé ? Jeanne-Louise est-elle moche comme ils le chantaient si bien sur l’air de « Evidemment les plus forts c’est les verts »…. ? Jeanne-Louise est assez moche assez souvent. Jeanne-Louise pleure à l’intérieur d’elle-même tout le temps. Jeanne-Louise n’est que sanglots. Elle pleure à l’intérieur où tout est fluide et liquide. Jeanne-Louise a même des fluides pour prédire le temps, paraît-il, et pour donner de mauvaises prédictions ! On a désigné Jeanne-Louise comme la sorcière du 21ème siècle. On ne va pas la brûler sur la place publique, Jeanne-Louise va se consumer d’elle-même. Jeanne-Louise ne donnera aucun nom. Elle sait qu’ils sont tous faux car elle aussi, comme tout le monde, prend différents pseudos pour se cacher derrière son écran et exister… un peu ? Bien vaniteux ma foi…

Toute sa vie, Jeanne-Louise a été menée à la baguette et a été complètement enfermée loin de toutes réalités pour la maintenir sous cloche, au pays des rois-fainéants qui doivent tout mettre dans leur petite caboche pour pouvoir le répéter comme un perroquet une fois devenus grands. Ce qui leur donne l’impression de se répéter tout le temps et d’être pris en écho indéfiniment… Jeanne-Louise tourne en boucle tout autour de la terre pour qu’elle soit en phase avec tous les fuseaux horaires, pour pouvoir dire bonjour à la planète à chaque instant. Jeanne-Louise est désormais vidée de son sang, vampirisée par des éphémérides, des météos, du temps qu’il fait mais jamais du temps qui va advenir. A quelle sauce sera-t-on mangé ?? Ca, ça reste dans les alcôves de la société, entre initiés, pour les plus grands. Jeanne-Louise est petite et ne porte pas de talonnettes comme les autres. Elle n’est pas articulée, ne marche pas sur ressort. Elle marche d’un pas lent désormais car elle a vieilli, elle pose les pieds lourdement sur cette terre qui n’existe pas vraiment. C’est juste le décor d’un film géant. Une planète B pour sociétés des spectacles en mal d’asepsie. On creuse, on creuse, on creuse tous les jours. On a creusé la tombe de Jeanne-Louise depuis bien longtemps. Sa tombe, c’est toute la littérature française dans laquelle elle reconnaît le moindre trait de ses caractères et de ceux des gens qu’elle connaît. Est-ce cela l’universalisme où elle semble avoir fait ses universités ? Et Jean ? Où est-il, ce pauvre Jean ? Jean est simplement dans un coffre-fort en Suisse, enfermé grâce à un digicode de première génération.

Jeanne-Louise n’est pas une girouette, elle ne retourne jamais vraiment sa veste. Jeanne-Louise passe simplement par toutes les palettes de ses émotions parce qu’elle a l’esprit vif et que trop souvent on en abuse. Jeanne-Louise tourne toujours trop autour du pot. Si vous voulez la reconnaître et la voir passer, alors ouvrez un livre, elle sera sûrement dedans, et ce depuis la nuit des temps.

Jeanne-Louise a perdu assez de temps. Maintenant, elle va leur rentrer dedans… !!!!! Depuis l’intérieur de son cœur qui n’est plus très vaillant°°°°


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