
Retour pour Jeanne à une réalité qui ne lui fait pas plaisir. Elle a tellement de choses à faire : écrire, dessiner, chanter, crier, éructer, avancer, prendre des photos, prendre des vidéos, créer, créer, créer toute la journée. Comme un boomerang, sa mère en isolement dans une chambre d’hôpital, vient de se rappeler à elle. Il y a déjà eu quelques signes avant-coureurs hier. La mère de Jeanne-Louise est finie dans sa tête. Il n’y a plus personne dans ce cerveau encombré par les fils d’araignée qui se sont trop touchés à force de se croiser et de se recroiser. La mère de Jeanne ne porte en elle aucune culpabilité. Et pourtant, il y aurait fort à dire. Jeanne, elle, n’a plus encore qu’à la maudire. Elle s’occupe de ses affaires sans faire d’histoire. Ses frères sont là pour compter et éructer. Mais qui compte réellement les points ? Jeanne ne les laissera pas faire. L’aîné, Roran le méchant, hurle à peine ouvre-t-il la bouche et cajole dès qu’il est intéressé. Le petit, Nini le poivrot, promet encore de belles manipulations à venir. Mauvaises fois pour foies mauvais. Jeanne-Louise sait que ses frères sont dangereux, asservis par leur mère contre ses intérêts. Elle les a cajolés, elle les a gâtés, elle les a consolés à coups de mains qui claquent, de culs qui pètent et d’obsolescence qui la guette aujourd’hui. Elle est usée jusqu’à la corde parait-il. Que va-t-il rester d’elle dans une semaine, alors qu’il faudra fêter la Noël ? Un bout de bougie mal allumée ? Un bout de cotillon en papier bleu collé au bord des lèvres ? Un père Noël ou un angelot en plâtre complètement cassé ou fendillé ? Aujourd’hui, Jeanne-Louise a l’âme en peine de tous ces numéros de cirque qui s’alignent contre elle et ses tours de piste. A-t-elle encore un peu de temps pour penser à Jean ? Une partie de foot avec lui ? Non, que nenni, mais des dribbles sur la toile avec les mots, oui là, c’est certain. C’est le meilleur endroit pour dribbler avec ses genoux et son torse, engager tout son corps pour rendre aux lettres tous les efforts qu’elles ont pu faire pour eux. Tant de lettres, tant de mots à satisfaire. Les jeux sont encore à faire. Il y a tellement de combinaisons. Ne pas éviter la redondance et réclamer la clémence des dieux du net littéraire. Je sais que Jeanne-Louise est demandée à Providence. C’est là qu’habite son père, le vrai. Un autre fou dangereux qui se la joue épopée balzacienne avec les dieux de l’Olympe. Pas simple cette histoire. Il y a encore des Trafalgars sous le tapis alors que Jeanne-Louise ira rapidement au lit. A 18 heures, elle est cuite, achevée comme une salade que l’on aurait laissé trop longtemps à l’air. Jeanne-Louise a été male gazée par ses frères avec l’assentiment des female gaze. Jamais elle ne pourra s’en sortir. Alors, comment trouver un accord ? Comment trouver des accords qui la portent ? Jeanne écoute actuellement sur Youtube la série Hip Hop Symphonique de la radio Le Mouv’. Ce sont des rappeurs de la « jeune » génération qui se produisent avec les musiciens de l’orchestre symphonique de Radio France. C’est tout simplement beau… Jeanne-Louise se sent inspirée et jouit de ces rythmes et de ces mélodies pour continuer à écrire lorsqu’elle le peut, quand elle ne s’occupe pas des affaires de sa mère, de ses frères. Il faut qu’elle s’occupe d’elle à présent. Rien que d’elle. De ses affaires. Ce soir, elle ira faire un tour du côté de chez Amélie, puis L’Autofictif, puis Oona Chapron, puis Elvire Dallès et enfin, une autre Elise mais on vous dévoilera son identité à une autre occasion….. Peut-être, s’il reste de bons moments à se outer. Jeanne-Louise est si fatiguée…..
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