De Jeanne à Jean

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Jeanne pense à Jean, son amant de Saint-Jean

Jeanne-Louise résiste

Jeanne-Louise résiste et elle aime ça, exister comme ça, à travers le bleu et l’orange de la terre qu’on épluche comme une pomme à l’envers. Jeanne-Louise s’est découvert un ascendant sur les contraires. Elle épluche le temps. Elle aime les conduites de la destinée vers une cheminée pleine d’expansion, un peu comme un vase trop évasé. Jeanne-Louise a une destinée, celle de ne pas suivre les cheminées de l’incertain. Elle en a assez soupé, de ces erreurs du passé, ces mistakes qui ne font que la rendre ordinaire. Jeanne-Louise est un génie de l’absurde, c’est même indiqué dans son contraire. Elle aime contrarier, revenir sur le passé pour mieux s’en détacher, et puis revenir, puis s’en aller, puis zigzaguer, oui comme le nandou dont elle a parlé hier dans une autre atmosphère. Lui fait le zigue et elle s’en va dans le vague, elle fait un drôle de zag. Elle écope des marées extraordinaires.

Elle écope des amours fous, des amoureux qui ne sont pas envoyés du ciel mais qui veulent simplement la battre au plus marrant, au plus déroutant, au plus mesquin, au plus insignifiant, au plus tant et temps, tant autant que y’a que ça dans la vie, faire du sur place en étant marrant toute la journée. Jeanne-Louise résiste à toutes les conneries que lui envoient la planète entière. Elle se marre, elle se bidonne mais elle ne sait pas si, derrière tout ça, se cache une guerre nucléaire derrière laquelle on efface un bout de terre, la sienne, chère à Zola. Mais qui est Zola ? Un peintre ? Un journaliste ? Un écrivain ? Un photographe ? Un reporter tout terrain ? Jeanne-Louise se rendra-t-elle compte qu’elle a été la maîtresse d’un bourreau de travail !? Elle aussi travaille avec acharnement. Elle n’arrête jamais. Un coup par ci un coup par là. Elle avance, toujours un peu en crabe, toujours un peu en parvenue pas revenue d’être ainsi ici à cette heure-ci, dans les bras d’un papa qui aimait tant sa fille, Izia. Moi, je ne sais pas, ce que faisait mon papa. Jeanne-Louise ne sait pas ce que c’est qu’avoir un papa. Le sien est parti depuis si longtemps dans dans esquisses du temps avec un certain Jean Valjean. En fait, son père c’était un grognard, un genre de mec qui assassine Fragonard. En fait, son père, son style, c’était Caillebotte avec ses bottes de chat perché à l’envers. Sa famille, à Jeanne-Louise, c’est la famille de Camille Claudel. Même espèce, même vaseline, on enferme les gens, on les gaze et ensuite, on les affame par le conduit de la cheminée qui n’est jamais très loin pour assassiner son papa Noël qui n’est pourtant pas bon, il retient le son, il retient le vice, il retient les cordons de la consommation qui se débride à chaque pas que tu fais. Toi, tu es au fond de la classe et tu attends que ton tour passe. Là, c’est ton tour, alors passe passe, fais une passe à ton adversaire, le dénommé Jean-Eric, le mec de l’autre patelin qui est parti dribbler en forêt avec des marrons pleins les chaussettes et des ballons sur le caleçon. Jean-Eric est un fripier. Un drôle de fripier même. Il fripe les habits de son moine, Jean Lemoine, qui perd de l’argent à force d’éditer sa petite boutique en ligne.
Jeanne-Louise a aussi connu Jean-Eric dans les drugstores d’Orléans… ou Orleans. Au choix. Ce n’était pas vraiment une New Orleans mais c’était dans les histoires du temps, un peu de techno, un peu de velcro et surtout, Jeanne-Louise se souvient de ce regard un brin naïf, un brin moqueur. Jeanne-Louise se souvient de ce zézaiement, d’une banane dans le dos, que c’est laid une banane autour de la taille alors qu’une banane du Velvet Underground dans le dos, ça en jette !? Comment ça non !? Est-ce qu’on jette ?

Qu’est-il arrivé à Jeanne-Louise après ? Jeanne a compris qu’elle avait perdu la bataille. Elle n’avait pas vu Georges Bataille et pourtant, c’était la pagaille. Tout le temps, jusque dans l’échancrure du corsage de la conservatrice, cette affabulatrice qui rigolait tout le temps du manque de dents des gens qui n’ont pas d’argent alors qu’elle, elle aimait la dive bouteille ! La divine douve, on l’appelait ! Elle avait un corsage blanc tout juste transparent pour que l’on voit bien la pointe de son soutien-gorge à baleines qui renforce les marques de l’araignée qui fabrique la dentelle avant les bretelles.
Jeanne-Louise, elle, aime le coton de son âme d’enfant. Jeanne-Louise n’a pas grandi depuis longtemps. Jamais en fait. C’est pour cela que, lorsqu’elle a vu tous ces amants lui rentrer dedans sans jamais la remarquer ni la calculer, elle est partie foncer ailleurs, pleine d’espérance dans l’usure du temps et de ses dents. Or, ses dents, maintenant, sont arrachées. Elle en avait juste assez pour ne pas confier à ses amies qu’elle avait fait pipi au lit quand elle était petite. C’est pour ceci que, depuis, on l’appelle le pissenlit. Mais ce n’était pas sa faute. On l’électrocutait tout le temps… Et elle ne fait plus ça depuis longtemps.
Le pissenlit, c’est pour la bonne cause et elle aime ça avec un bon vinaigre de cidre et de l’huile de pépin de raisin, tout juste revenu à la poêle avec des cerneaux de noix, quelques noisettes concassées et tout juste torréfiées et un unique œuf mollet. Cette racine de pissenlit lui fait du bien au corps. Elle en redemande encore. Elle aime ça avec des dattes et du hareng fumé. Du foie de morue fumé peut-être ? Oui, pourquoi pas. Jeanne-Louise aime la douceur du foie de morue. C’est doux au palais, c’est si exquis et si fin qu’elle s’en fait un festin avec des pois cassés de son jardin.

Avez-vous vu cette tête de gentil évêque ? Il la porte à côté de son buste. Elle aussi, Jeanne-Louise a connu un évêque parti bien trop tôt loin de ses oripeaux. Elle en avait eu bien assez. Elle ne s’est pas accrochée bien qu’elle ait eu soif d’amour, et aussi de cul. Mais de celui-là, elle en avait largement soupé, elle l’avait utilisé pour voir ce que ça faisait que d’être dans le pétrin du soir au matin. Elle ne l’a jamais aimé ce matricule-là. C’était le fils d’un aviateur américain et d’une caissière de supermarché Franprix. Un gars de Châteauroux ou d’Issoudun qui avait sa base en Anjou, près des carrières d’ardoises, près du bon roi René et de ses chevaux de l’apocalypse. Ce gars-là, qui était aussi apocalyptique qu’un cheval qu’on monte à rebours, ce type-là, était un sale con. Il gisait comme un marbre que l’on avait volé au roi d’Issoudun. Il était sale en dessous de son pantalon. Il gardait ses chaussettes quand il était nu. Et Jeanne-Louise, elle, avait bien rigolé puis c’était passé comme une lettre à la poste. La poste de qui ? Pour qui était le poste de conservateur qu’elle avait mérité au moins depuis un bon quart de siècle ?
Jeanne-Louise débute tout le temps alors qu’elle a une expérience de la vie immémoriale. C’est une mémoire d’éléphant à elle toute seule. Sauf avec les philosophes qui passent le bac philo tous les ans. Ces animaux-là n’ont jamais été de son caniveau. Elle aime les perpétuelles destinées vers celui qui lui était destiné avant même qu’elle soit née. Ce Jean Colin de Maillard. Il l’a massacrée comme un fou. Elle n’a pas pu se retirer de ses viscères. Elle est morte dans un bain de sang, elle a bouilli dedans, on a voulu en faire une pâte molle, et Dali a inventé les montres molles. Voilà ce qui s’est passé réellement avec cette histoire de montre molle. Ce n’était pas un coup de Gala. C’était pour se rappeler de Jeanne-Louise qui a fini sa vie éviscérée dans la tête d’un Colin de Maillard.
En fait, Jeanne-Louise a toujours préféré Jean. Etait-ce un mari, un veuf, un ami, un amant, un frère ? Jean était bien plus que tout cela. Jean a toujours été un absolu pour Jeanne-Louise qui n’expliquera jamais assez qu’elle a toujours eu peur des gens, des petits comme des grands. Et il n’y a pas de raison pour qu’elle change vraiment maintenant même si elle prend le mors dans ce qui lui reste de dents. Elle mord sur tout ce qui la dérange et l’embarrasse. Jeanne-Louise est un petit bouledogue irlandais, une sorte de Sally Mara qui n’a jamais vu le diable que dans les pattes des bergers allemands et de son ancienne marraine, la fée Morgane de la vie tranquille mais pas tant que ça.

Jeanne-Louise est partie vivre un certain temps loin de cette Orléans et de ses chiens qui cachent les filles en soutien-gorge dans les caves des magasins, enlevées dès qu’elles passent à la cabine. Mais chut, c’est une rumeur, un sacré mal de vivre à l’heure où les chiens d’Orléans crèvent de manque de gueule. Ils vivent sur des cimetières pleins d’ossements et de reines qui ont pris la fuite tellement toutes ces richesses leur semblaient superfétatoires, ces cathédrales ressemblant à des choucroutes et des pièces montées est-allemandes. Jeanne-Louise en a eu assez, elle est partie se replier sur sa chaîne de caractères, une Font sans MS, comme une petite comique qui avait trop marqué de rondeurs dans son écriture. Pourtant, elle n’a jamais dessiné ni de coeurs ni de bulles au-dessus de ses i. Les barres de ses t sont assez bien équilibrées. Quand à ses SMS, ils sont toujours très bien rédigés. Elle n’emploie ni raccourcis ni short messages. Elle est avide de tout ce qui bouge dans sa tête qui passe de son bras à ses doigts et ses mains.
Oh, partir avec toi, Jean-Eric, qui existe vraiment. Je l’ai su cette nuit quand tu étais dans mes bras. Je l’ai senti dans mon sommeil. Il était lourd mon sommeil. Il y avait même de la neige qui tombait dans chaque brin d’herbe de mon jardin, devant la fenêtre de mon salon. Je n’ai jamais gi ici, j’ai simplement oublié de vivre pleinement ma vie, celle d’écrire avec toi, à quatre mains, comme tu le voulais depuis si longtemps, toi qui cherchais l’âme errante de la petite fille dans la tête de quelqu’un d’autre. La petite fille errante, aux yeux pleins d’allumettes qui brillent, c’était simplement moi. Cette short messagère ? Elle t’inspire pour vivre… avec toi !?

(❁´◡`❁)(●’◡’●)


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