De Jeanne à Jean

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Jeanne pense à Jean, son amant de Saint-Jean

A chaudes larmes ?

Pourquoi se refuser de pleurer quand il est indiqué que l’on a droit au chagrin nous aussi, les petites filles de Saint Denis, le saint apôtre des guérisseurs des rages de dents ? Non, ce n’est pas tout à fait ça. Sainte Apolline est priée de guérir les maux de dents, elle à qui on a arraché toutes ces dents de sagesse et de non sagesse. Apolline est à Denis ce que ventru est à ventripotent. Mais ça y est, je m’égare alors qu’il faudrait tellement que Jeanne-Elise pense à sa maman qui est une puissante femme. Elle revient dans ses rêves très puissamment chaque nuit quand Oona dort dans son lit. Ca la dérange apparemment car elle a peur que saint Denis, son frère, meure dans la demi-heure de penser à lui si puissamment alors qu’il a été programmé pour rappeler la mémoire de sa mère. Monsieur est dans l’agit’ prop’ et ce n’est pas toujours très propre. Monsieur va se faire un malin plaisir de rappeler la mémoire de sa mère à tout bout de champ, à n’importe quel moment pour n’importe quelle idiotie alors qu’il aura tout fait pour l’éviter. Il va se faire le gardien de sa mémoire, lui frayant un chemin dans son boudoir, près du bassin où était planté le gentil arrosoir de monsieur Duchon avec son chapeau de paille et sa petite barbiche de nain de jardin. Jeanne-Elise est pleine de suspicions. Elle se ferait bien une petite olive violette pour l’apéro du dessert, du dessert des tares tard qui ont lieu demain.

Que penser du jasmin si puissant qui entre dans la main, se regarde par les yeux et se sent par la bouche, dans un thé extrêmement raffiné. Maman aimait bien ce parfum. Il faudra regarder demain si on peut faire un bouquet de fleurs odorantes et odoriférantes, se dit Jeanne qui soupire en pensant à ses tarés de frères qui préfèrent le whisky à la mise en bière de leur mère. Whisky, Ricard et Sally Mara Jane Austin se prend une toise avec son Marat des bois qui lui vole ses exquises cerises que l’on mange à l’apéro alors qu’il en faudrait pour le marché de pire Louise, la pire des idiotes qui préfère les cerises aux framboises. Question saveur, les framboises sont exquises et juteuses, raffinées, fines et granuleuses. Elles roulent sous la langue, sous les dents, se prennent pour des banquises alors qu’elles sont toutes bonnes pour les confitures que fait Jeanne-Elise. La framboise est son fruit préféré. Elle en emmènera quelques specimen de son jardin du moment qu’elle fera transplanter dans son futur chez elle, près de Bagatelle ou d’Ushuaia. Il n’est pas un secret pour dire que Jeanne-Elise dort près de la banquise, pas loin, de ce côté septentrional de la planète.

Aller plus loin, toujours aller plus loin. Que dire maintenant que tu es partie si loin ? Tu reviens chaque nuit m’exposer tes volontés. Je ne veux pas de Denis dans mon quotidien et dans mes rêves, j’ai peur qu’il meure. Alors que moi, je vis, je n’ai même jamais été plus en vie qu’en ce moment. Je suis en pleine possession de mes moyens, se dit Jeanne, la septentrionale à qui ont dicte qu’il va falloir passer à la vitesse supérieure avec Arthur, son commentateur. Celui-ci est gentil, pas comme la Katerine qui a fait tuer maman avec son air de charogne à peine pubère. Philippe Katerine est un poète à l’opposé de Jeanne-Elise qui préfère les poètes aux assassins, les Philippe Pétier aux Philippe Jumeau. Bon, le fameux pastier est passé avec son bol de riz de la carême. Maintenant que la carême est passée, il va falloir penser à Pâques. C’est le moment des anniversaires chez les Decouty. Chacun est né en avril. Des quatre, c’est Jeanne-Elise qui ressemble plus au mois de mai mais on ne lui a rien dit, on a fait semblant qu’elle était née à Pâques. En fait, elle est née au moyen-orient, au pays du soleil levant. Jeanne est de Chine. C’est une déesse que l’on croyait partie avec un diamant. En fait, elle est partie avec un diadème de myosotis. Forget me not, mon amoureux, je suis exquise et je m’appelle Elise et non Jeanne. Elise plutôt que Louise, Lizzy pour les intimes qui voudraient la faire passer pour une australopithèque alors qu’elle est juste une petite chouette, une magnificence qui liquéfie les jouissances du mois d’août, les gerbes de blé et le sarrasin qui donne presque à plein. On est en septembre, en octobre, et il faut battre le sarrasin qui est plus économique que le blé et bien plus savoureux, mais ça, on l’a oublié, on a préféré le blé car il donnait de la farine de gruau blanc et blond. Alors que le sarrasin est aussi noir que le grain de riz sorti de mon poignet de fée médusée par l’innocence des blés et de la persistance du sarrasin pour devenir l’aliment de demain. Il faudra de la persévérance et de l’acharnement. Elise n’a pas tout dit. On en reste là jusqu’à demain. Là, il faut qu’elle rende son tablier. Elle se lève tôt le matin et passe ses journées avec des cornets de glaces à essayer de faire peur aux croque-morts. Les croque-morts ne sont pas loin mais elle a préféré partir vers d’autres réalités, vers sa piété près des miséricordieux. Je veux juste ce principe d’initiation qui veille sur l’exercice de la fiction. Cette fiction que tu te construis, Jeanne-Elise, à l’ombre de ta maman et de ton Jean qui est ton père et qui perd la tête avec ton alouette. Je peux te dire qu’il est en parfaite forme malgré ses 82 ans. Il t’aime aussi. Moi je ne t’aime pas mais je t’envie d’avoir oublié tout le sable ici. Tu as oublié le marchand de sable et tu es passée de l’autre côté voir s’il est meilleur que le marchand de blé. Il est loin à présent et il t’en veut de reporter ton amour sur toi, rien que sur toi et pas sur Samuelle qui est là pour qu’elle te retienne et te dire qu’elle compte elle aussi, et même vachement, je n’ai jamais eu autant de force que grâce à elle que maintenant, et je t’aime Samuelle aussi. J’aime tous ceux qui m’ont fait confiance, moi l’endimanchée des prés et des pirouettes de Oona.
Maman, je t’ai offert un petit rosier blanc sans le vouloir, sans me dire que ces roses blanches je te les offrirai un jour comme pour te dire adieu. Je les prendrai pour te dire adieu avec ma chambre à air conditionné et mes âges répétés.


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