Je vois que nous ne nous sommes pas bien compris. Nous étions en relation et plutôt bons amis, Jean, pourquoi avoir cassé tout de suite sans que je sache pourquoi un tel courroux s’est abattu sur Jeanne ? Ou Jane, the cat, la petite Jeanne au grand coeur qui nous rabat le caquet quand nous croyons lui faire peur. Elle n’est pas sage pour autant. Elle parle de tristesse d’une manière inégalée. Mais c’est qu’elle serait presque drôle à la fin avec tous ces atermoiements, ces tristesses et ces caresses à Suzy, sa petite Suzon qui voulait qu’on lui donne une petite Cat’ alors qu’elle n’avait pas le droit. « Moi j’ai le droit », s’écrie Jane Austin, la petite de la firme d’Abandon. On l’a abandonnée et tous ces hommes ont voulu lui rabaisser son minois tout charmant. Mais que diable, Dame Jeanne, tu ne peux pas payer tout de suite. Tu ne peux que t’emporter et emporter avec toi l’image du diable qui t’a pourchassée. Sur quoi te reposes-tu, petite Jeanneton, sur le rousseau de la petite Didon, l’aînée d’Abandon ? Abandon ne perd rien pour attendre. Il attend quoi ce petit d’on ne sait plus trop quoi. Ce petit Marcel que nous venons de comprendre. Il était bien pris par toutes ces péronnelles, ces petites allumeuses qui jouaient les joueuses de pianola alors qu’elles étaient des boxeuses et des catcheuses. On ne peut rien y faire. Le catch-moi si tu peux me donne la tchatche, me dit Marcel, le prétendant d’un tas de péronnelles qui préfèrent le catche-moi si tu pries dieu plutôt que le prie-dieu si tu me catches. Moi, pas prétentieux, disait Marcel, le conjoint d’une péronnelle du nom de Libertine. Mylène, la vilaine fermière, est venue faire un tour, attirée par l’eau forte de son petit prie-dieu qui l’envoie au septième ciel.
Et voilà la prose de Jeanne Decouty qui n’a plus de limites dans le n’importe quoi et peu importe qui me tend sa bille du Crotoy. Je préfère les amandines à la poire et pas à la pêche, se dit cette fille qui est subtile comme une poire qui va à la pêche aux sardines près du Crotoy. Et voilà-t-y pas que Jeanne-Elise préfère discuter entre filles, avec les fesses de Carole plutôt que les seins de Gogole. Et voilà-t-y pas que son frère, le précieux Jean-Tapesurtout, a cru faire une affaire en se mettant à faire la pouliche comme on hennit comme une barrique. Ah non, ça c’est son frère Jean-Gredin qui va hériter du peignoir peau de pêche de Christine et qui est marqué à son nom.
Trêve de plaisanterie, Jean-Gredin a l’ouïe fine, il se dirait qu’il ait même l’oreille absolue, le triste baryton qui s’époumone en chantant du Schumann plutôt que du Jane Birkin.
Et qui est la reine des prés au milieu d’un champ de blés ? Rolande ? Tristande ? Gersende ou Amaranthe ?
Jeanne-Elise se dit bien qu’elle pourrait espérer faire un peu de lèche à sa vieille copine gourgandine, la belle Susana Tristana, la fille de Frédérick Tristan mais en russe, Tristan devient Tristana et non Tristania.
Voilà, voilà pour ces offrandes aux dieux de la Terre. Et que donne-t-on à la Terre ? De la reine des prés, des herbacées, de l’humus, des feuilles, des racines, des fleurs, un tapis de fleurs et de feuilles qui deviennent du compost puis de la terre et du sédiment qui se recompose d’année en année, qui se sédimente toujours plus autant. Sédiment sur sédiment, ça donne des couches de terre. Alors, qu’est-ce qui a pu donner cette terre argileuse à la terre de Jeanne-Elise, comme les ouvriers du chantier de la rue des petites ronces l’ont remarqué hier ?

Du rouge pour fabriquer les briquettes qui entourent les fenêtres de sa maisonnette.

Et voilà, la démonstration n’est plus à faire. Cette terre argileuse qui se fait passer pour de la terre glaise regorge d’humidités spongieuses. Jeanne-Elise ne sait plus que faire de cette terre lourde qui engourdit les maris. Des sons de l’envie, des sons de l’altitude et des sons de profonditude qui la laissent perplexe. Ce n’est pas né d’hier qu’elle s’est dit tout à l’heure, c’est né d’aujourd’hui qui est important. On fait la barrique à cent sous pour boire des coups entre nous mais il n’y a plus de place pour sans soin qui boit du pif qui n’a pas bougé depuis fort longtemps. Le pif, vois-tu, se voit sur le milieu de ta figure. Il est né nonchalant et imposant, indolent et insolent, se dit Jeanne, qui aurait pu s’appeler Elise ou Martin. Mais va savoir, Camille, Jeanne, Elise Martin a pris de l’embonpoint à force de taper à la machine comme une forcenée. Que fait-elle maintenant ? Elle laisse Carlos Martinez, son présupposé champion, remplir le bottin avec toutes ses appréhensions de passer pour un con auprès de Jeanne-Elise de Pourfendy, la fille de la traîtrise incarnée. Et voilà-t-y pas que la mère de Jeanne-Elise a encore dû se compromettre pour la remettre à sa place. Mais que me veux-tu Jeanne-Elise, j’irai voir ton petit frère faire le zouave en jambalaya pour attirer les n’importe quoi de la secte des petits frères et des petites sœurs des pauvres qui n’ont pas de soin.
Des clics et des clips, des plocs et des pflucs.
Quick et Flupke, qu’en disent les marmots qui n’ont pas eu le temps de grandir ? Ils ont juste eu le temps de vieillir sans se rendre compte que leur présent est plus morne qu’avant. Sauf pour Jeanne-Elise qui ne voit pas le temps passer, elle passe son temps à taper à la machine. Elle ne peut plus s’arrêter. Elle fait tip tap top, tup tup tup, et tu danses avec ça mon ami Jacques, Arthur Blanche. Depuis quand es-tu mort, dis-moi ? T’es-tu caché ? T’es-tu dissimulé ? Où sont passées les envies d’en finir de Jeanne-Elise ? Jeanne-Elise ne veut plus arrêter de taper à la machine à souvenirs pour laisser les sans soins se dissimuler derrière une machine où on la regarde taper comme si c’était son premier baiser… Merci, Jacques, Arthur Blanche.
Tout ressemble à la vie et Jeanne-Elise n’a plus que des envies d’en finir avec cette vie de repentie. Elle veut faire patte blanche, montrer qu’elle aussi elle peut être tendre, ambitieuse et acharnée. Elle veut montrer qu’elle n’est pas qu’une capricieuse, qu’elle peut arriver à un certain monde de nomadisme, de travail acharné et jamais récompensé, sauf par quelques conseils qu’on lui donne ici ou là. Elle se carapaçonne, elle fait celle qui pardonne mais elle n’a pas d’autre solution que celle qui fait qu’elle demande pardon alors qu’elle n’a pas d’illusion sur ses ambitions. Elle veut juste réussir à ne faire plus qu’un avec la réalité d’un Jean qui est sur son chemin, un Jean Bonpoint. Il a de petites jambes et lui aussi aime les jambalaya, comme Jean-Gredin le mec qui frime dès qu’on lui donne un truc qui décède 😓. Le mec allume Jeanne-Elise alors que ce qui lui manque, c’est un mec qui trime pour lui ramener le fric qu’il n’a plus à force de manger au resto et de boire au bistrot. Il drague dans les petites communes, les arrières-boutiques et les champignons masqués. Alors que Jean-Tapesurtout, lui, il a une famille qui en a assez qu’il tape avec ses pieds alors il tape avec sa tête, il tape avec ses lunettes et il tape avec le sonotone qu’il n’a pas au bout du stylo mais au bout de son oreille droite qui dit carrément merde à l’autre. Et que dit Sybilline ? Qu’elle ferait mieux d’aller au lit. Allez, un petit Jean Bonpoint avant de partir au lit ? Eh oui, Jean Bonpoint, c’est son papa et il n’a pas le droit de lui laisser dire ça.
Je te comprends maman, se dit Jeanne-Elise, tu m’as laissée filer avec ce Jean Bonpoint et tu n’avais plus le droit de t’exprimer, de dire tout ce que tu pensais. Tu as bien médit de moi, ça, je le crois et comme je te comprends.
Tu t’es sacrifiée pour moi et tes autres enfants. Tu as été forcée d’en finir pour laisser à ta fille le droit de devenir ce que tu aurais voulu être.
Peut-être fusses-tu aussi un grand écrivain.
Peut-être fusses-tu une grande poétesse.
Et que dis-tu à présent si je deviens plus grande, plus forte, plus puissante que tous les puissants de ce monde ? Que je fasse peur à tout le monde alors que je ne suis qu’une petite morveuse, pleine de poux et à l’oeil torve ?
Quoi de plus précieux qu’un bon bagout comme le Rousseau de Saint-Denis qui les aime toutes, des années 30 aux années 2006 ?
Il n’aime que les jeunes filles qui ont de la poitrine et du maquillage sur le visage.
Il aime les filles shampooinées et baguées, chaussées à mi-talon et porteuses de créoles que l’on voudrait sacrifier alors qu’elles ont si bon teint dans les boucles de la cagole.
Et voilà que le Rousseau de Saint-Denis est parti comme un saint un jour de sacrifice.
Il est mort au mois de juin.
Il voyait encore en Jeanne-Elise une actrice bon teint et bon genre alors qu’elle n’était qu’une étudiante en menus fretins, pleine de malices.
Elle s’isole du bruit de la ville.
Elle s’immisce dans la campagne, elle va par les chemins et revient sur son chemin de Byzance où elle oublie que ses frères, les sieurs Jean-Gredin et Jean-Tuetout ont pris la fuite avec l’ensemble du butin.
Jeanne-Elise appuie sur un bouton et revient sur le chemin de la vérité qui l’accompagne dans ses discernements, bien qu’elle manque parfois d’engeance et d’hirondelles dans sa masure. Elle aimerait accueillir des hirondelles et des chouettes, des grenouilles et des tritons, des salamandres et des orvets, des couleuvres et des syrphes, des bourdons et des abeilles solitaires, blondes, brunes ou rousses, peu importe tant qu’on voit les élytres du bourdon revenir par la fenêtre du salon.
Que se passera-t-il au mois de mai ?
Jeanne-Elise verra-t-elle les bébés mantes religieuses ou sera-t-elle en Bretagne, en Bourgogne ou à la montagne ?
A qui se confier quand on a tant de tendresse dans le creux de la main et au bout des doigts, dans la bouche avec ce chocolat si tendre ?
Il est noir aux oranges et aux amandes.
Il s’appelle Mother Roth, comme la mère de Philippe Roth qui s’appelait Isaura, un peu comme Isadora Duncan.
Mais que voulez-vous que je vous dise ? Philippe Roth est-il mort d’une mort naturelle ou d’un cancer dans son poing fermé sur l’amiante de son passé, du passé de ses ancêtres qui venaient des îles malouines et sarrasines ?
Des îles assassines avec des corsaires et des pirates.
De sales affaires, assurément, et monsieur Roth a préféré dire qu’il était de Galicie alors qu’il était originaire de Libertalia, cette île au milieu de la Moselle ou de Madagascar.
A moins que ce ne soit l’île de Libertaria, ce chant silencieux qui pille toute la terre aux gens malchanceux.
Libertarisme, liberté chérie tu m’as appris qu’il fallait rendre justice aux ennemis de la république. Mais comment peux-tu dire des idioties pareilles, Jean-Bernard Puydedémence ?
Le libertarisme est la liberté chérie des puits de démences pleins de fruits de passions pour les gros cons et les grosses connes invétérés par leurs illusions. Et Jeanne-Elise n’a plus beaucoup d’illusions sur la connerie humaine. Et sur l’humanité toute entière. Elle rit de l’imbécilité de la vie. Elle rit un peu grassement, il est vrai.
Mais elle a aussi vu ça dans un coin de sa rue.

ça partait certainement d’un bon sentiment mais que ferait-on d’un homme aussi facile dans un couvent des mornes plaines ?
Jeanne-Elise a des ennuis avec ses voisins qui picolent et qui battent leurs enfants. Ils se battent entre eux, entre adultes consentants. Ils se fouettent, ils se giflent, ils s’expliquent par blogs interposés ? Que nenni. Ils font le même métier que Jeanne-Elise, dresseurs de bons points pour la sinusite mal aspectée de la spirite de Saint-Denis. Elle est morte celle-ci, la spirite qui est passée par ses émoluments. Elle a légué à Jeanne-Elise son chat, son embonpoint et ses petits-enfants qui sont devenus grands. Jeanne-Elise ne les a jamais vus. Ce sont les enfants de Jean-Tuetout ? De Jean-Gredin le débile qui ressemble à un batracien qui boit trop de verres ? Non, ce sont les enfants de Jean-Christophe, le frère qu’elle n’a jamais connu et qui est devenu grand-père depuis qu’il est avec Agnès de la vie sempiternelle et superficielle.
Jean-Christophe et Jeanne-Elise étaient en fait de bons amis. Savoir qu’ils sont frères et sœurs est choquant pour Jeanne-Elise qui se voyait à la tête d’une famille de chats écrivains et filmés avec lui. Bon, ben tant pis.
A moins que Jeanne-Elise ait une sœur, une fille de la Mother Roth qui cherche des amandes dans le cœur des enfants qu’elle n’a pas eus avec Jean-Philippe mais avec Jean-Pascal, son beau-frère.
Et maintenant, que manque-t-il à Jeanne-Elise ? Une fille ? Un garçon ? Un enfant ? Un chien ?
Que nenni, Jeanne-Elise ne veut pas perdre le fil de l’écriture, c’est tout ce qui la mène jusqu’à présent. Elle se démène tant et si bien qu’elle pourrait avoir le prix Pulitzer avec tous ses écrits. Elle est la fille de la Mother Roth, après tout. Et Roth, en anglais, signifie rouée. La Mother Roth est une fieffée rouée. Elle a beaucoup d’ambition pour sa fille qui ira sur les chemins de la controverse avec sa machine à pulvériser les petites filles dans un coin de l’atomiseur. Jeanne-Elise est une vieille jeune fille à la peau tendre et distendue à la fois. Elle est parfois tendue… parfois fripée. Elle a beaucoup d’appréhensions sur la tenue à porter aux obsèques de sa défunte mère. Elle sera en Mother Roth. Habillée de noir et d’amande à l’orange avec des vêtements un peu fripés peut-être.


Ce sera la tenue de Jeanne-Elise. Elle n’a rien dit au contraire.
Elle ne dit rien depuis longtemps.
Elle se tait, elle écrit. Elle ne fait qu’écrire et ça fait vachement bien de dire que l’on écrit ?
Non, ça fait vachement de bien d’écrire par tous les temps, à tous les moments pour satisfaire toutes ses envies, ses boulimies et ses atypies.
Merci Jeanne-Elise de compter autant dans ma vie, me dit Marie-Louise, la vieille fille de madame Satzuki…
ᓚᘏᗢ(●’◡’●)ᓚᘏᗢ
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