
La mère de Jeanne-Elise parlait d’ennouement pour parler de quelque chose de compliqué. Pas de dénouement donc pour le moment pour Jeanne-Elise qui doit taper à la porte des dieux pour continuer à respirer comme une eau forte. C’est qu’elle a un chemin à prendre et ne veut pas de celui qui s’était dessiné jusqu’ici. Elle veut quitter Marine Land et ce beau pays de bras cassés aux jambes gonflées par la hiérarchie des comptes de blés. Elle veut du concret désormais, du solide, du fort sur lequel on peut compter. Pas des phallus insipides et sans lendemains. Elle veut un homme qui la conforte dans l’idée qu’une eau forte a beaucoup plus à raconter qu’un torrent ou une cascade, un bruit qui fait forte impression mais qui ne rend pas justice à l’amertume de la situation.
Jeanne-Elise va devoir compter sur ses repères pour choisir un bon notaire qui saura la représenter. Ou une bonne notaire. Ou deux bonnes notaires. Quelqu’un de solide qui ne lui voilera pas la face mais qui lui dira ce que ça représente de se faire passer pour une malade auprès de ses frères toujours avides et curieux d’une bonne cuite solitaire et solidaire avec leurs magnificences. C’est vrai que tous deux sont précieux pour le commun des mortels. Ils sont puissants et factuels. Ils n’ont aucun ascendant sur le genre humain, alors ils tapent sur Jeanne-Elise pour se réconforter. Jeanne-Elise qui ne leur a rien fait d’autre que savoir exister autrement qu’en braillant et en déniant l’existence des gens.
Eux sont à plaindre puisqu’ils n’ont pas d’existence propre. Ils passent par les canaux de la télévision pour se racheter une conduite et se croire plus malins que la situation qui existe pourtant bel et bien dans la réalité. Faudra-t-il se laisser faire ou toujours prendre un bon notaire ? C’est ce que Jeanne va faire. La situation est inextricable et sans lendemain. Jeanne-Elise ne pourra pas vivre ainsi, elle le sait bien. Elle vit sans ascendant désormais. Plus personne n’a de prise sur elle, même pas Roland Topor qui pourtant se foutait d’elle et l’appelait la jouvencelle des paris réussis par les petits zizis qui veulent du whisky.
Et Jeanne-Elise ne boit que du thé. Elle veut se sacrifier pour sa Mitsy mais pas pour Oona, Oona c’est pour la soif, Mitsy c’est pour la fin. La fin n’est peut-être pas loin, quand elle aura trouvé un chemin qui lui permettra de ne pas faire banqueroute et de finir sous les ponts de Lorient avec Jean-Tapesurtout et Jean-Gredin qui ne sont bons à rien d’autre que mettre des fourmis dans les jambes et dans la tête de Jeanne-Elise, qui l’assomment de prises de tête et de vérités méchantes qui n’ont aucun fondement. Jean-Tapesurtout est sans le sou. Sa succession à lui, ce sont deux maisons pleines de trous et un syndrome de Peter Pan doublé d’un syndrome de Diogène. Jean-Tapesurtout lui fait de la peine mais il avance à reculons. Ici, c’est à qui perd gagne. Jeanne-Elise ne gagne jamais.
Elle est de celle qui sourit malgré les vicissitudes de la vie. Elle sourit à son chat, à son miroir, à son prochain et à son photomaton pour dire qu’elle aussi fut belle autrefois. Elle fut même éléphantesque comme sa mémoire qui s’endurcit chaque jour un peu plus. C’est un requin cette fille. Elle n’a pas mis le mot fin mais plutôt le mot faim.
Elle a faim de tout, de paresses et de mots qui lui viennent à la bouche, au bout des doigts et qu’elle assemble dans sa petite tête pour que cela ressemble à un texte. Jeanne-Elise est peut-être un peu débile mais elle n’a pas mis le mot suite non plus. Tout ceci est à suivre bien entendu car dans le mot suite, il y a cohabite. Pour l’instant, Jeanne-Elise cohabite avec un chat. Mais bientôt, il y aura du changement. Il y aura même un chien ou une loutre, une tortue ou une poupée mannequin, celle qu’elle a mis dans son lit et qui s’appelait Bruno.
Bruno est une loutre et c’est une femme fatale, enfin une ex-femme car Bruno est transgenre et c’est ce qui plaît à Garance qui aime les ambigüités et Garance était un homme avant. Elle s’appelait Alain. Alors au lieu de devenir Alaine, elle est devenue Garance de la Motte Saint-Pierre.
Jeanne-Elise a mangé du filet de Saint-Pierre ce midi et il était très bien cuit, un peu à l’étuvée, un peu grésillé à la poêle, le tout sur un gentil lit d’huile d’olive. Rien n’était fade et tout était très bien assaisonné. Le fromage était divin et la mousse au chocolat était à tomber par terre. Dommage que Jean-Tapesurtout et Jean-Gredin se perdent dans la sauce du droit divin. Ils ont raté leurs lendemains. Jeanne-Elise s’en est rendue compte. Ils n’iront pas par quatre chemins pour la mettre dans l’embarras. Jeanne-Elise se défendra et prendra un avocat. Il y a du mazout à se faire avant la banqueroute des affaires d’une mère trop affairée avec ses histoires d’insuffisances de cœur mais de suffisance dans le cœur.
Jeanne-Elise ne se trompera plus. Elle leur a mis dans le cul Lulu qu’ils vont voir passer celle qui rit quand elle est belle dans les prés. Et on verra si Jean-Gredin sera assez triste pour voir toutes ces belles initiatives partir en fumée avec les billevesées de Jean-Tapesurtout qui ne manque jamais de tirer à boulets rouges sur Jeanne-Elise qui ne veut qu’une seule chose : paix, amour, tranquillité et écritures.
Voilà pour le nouveau tableau de sa vie qui va vite renoncer à prendre la fuite mais à affronter ces imbéciles qui veulent la fuir mais qu’elle va rencontrer pour leur mettre leurs cacas sous le nez.
Et si c’est un pied de nez, alors, tabassons les petites bourses inutiles pour leur prochain et rentrons dans la course pour faire peur à ces mâles qui n’ont rien d’une fleur mais tout d’une peur, d’une trouille et d’un passé mal assuré. Jeanne-Elise ne sursaute plus. Jean-Tapesurtout, lui, compte tout sur ses doigts glacés sur lesquels flottent un air de parano byzantine.
Une bonne nuit réparatrice permettra à Jeanne-Elise de se retrouver sur le chemin de la rédemption, telle qu’elle la voyait jusqu’ici. Elle ne se laissera plus dépasser par ces immondices qui lui disent qu’il n’a pas fait bon aujourd’hui mais qu’il a fait mal à une soeur qui ne lui demandera jamais pardon. Elle aurait des choses à se faire pardonner sur le coeur ? Que nenni. Ce n’est pas elle qui a commencé, c’est le destin qui l’a mise sur le chemin d’une route qui n’a plus de fin et qui la laisse sur sa faim.
Elle pourrait dire je t’aime à son prochain mais pour l’instant, elle ne vit qu’une sale peur pour son avenir. Elle qui se voyait rentière et écrivaine. Il va falloir attendre avant de voir ses rêves exaucés.
Elle n’ira pas par quatre chemins.
Elle ira tout droit vers le Nirvana avec Jean-Benoît et Pétronille, sa fille qui l’aime aussi. Ils ne se connaissent pas encore. Enfin Jeanne-Elise ne les a jamais vus mais elle peut déjà assurer qu’ils seront bien ensemble à dessiner des accords avec le corps, avec les liens, avec les internets du soir au matin.
Jean-Benoît est un roi d’internet. Il possède des blogs, des noms de domaine et des châteaux en Espagne avec toutes ces cartes en main. Des châteaux et des cartes pour lire l’avenir en son prochain.
C’est ce que tente de faire Jeanne-Elise. Pour l’instant, elle se cache derrière son ordinateur mais bientôt, à force de la connaître par cœur, on révélera son identité et on la prendra au pied levé pour mieux la contourner. Mais, elle a envie d’un bon miel et d’une solide désillusion, celle que lui procurent les makrouts de tante Aline qui ne voit plus rien.
Jeanne-Elise a Jean-Benoît en tête et Jean-Patrick dans le physique d’une biche.
Et voilà que la biche frappe avec son museau sur le carreau de la cuisine de Jeanne-Elise. C’est Oona, son petit chat, et elle veut rentrer pour mieux se laisser absorber par l’absolutisme de Jeanne-Elise qui ne reviendra pas à Riantec mais qui voudra faire des emplettes à La Trinité-sur-Mer où elle a trouvé sa maison. Une maison d’écrivain qui lui plaira bien. Il ne lui reste plus qu’à la construire. Elle n’a plus que cette maison en tête. Elle la veut pour elle mais elle n’a pas les moyens. A moins d’une indivision avec son prochain Jean-Benoît, Jean-Pascal ou Jean-Baptiste.
Elle ne sait plus si elle est vile ou servile. On lui a tellement tapé dessus cet après-midi qu’elle ira bien raconter ses mésaventures sur le marché de la division Leclerc. Jeanne-Elise fait des divisions et n’a plus les pieds sur terre. Elle s’envole pour dire qu’il faut attendre, comprendre et reprendre le chemin de l’enfance en le quittant assurément. Dans ce chemin de jouvence, il y a sa maman, assurément, Amie, Bouba et Mina. Et puis il y en a eu d’autres qu’on a peine à regarder dans le rétroviseur. Jeanne-Elise ne compte plus que sur ses animaux pour se fabriquer des souvenirs et de l’affection, de la tendresse et de l’amour sans paresse et nonchalance.
Maintenant qu’elle est grande, Jeanne-Elise s’appelle Gersende et se prend pour une limande alors qu’il faudrait une sole pour la mettre dans une casserole et lui faire passer le chemin du yaourt et de la mélisse, un peu comme une fière Alice qu’il faut appeler demain pour lui annoncer le décès de sa maman.
Après, advienne que pourra. Jeanne-Elise a l’habitude d’être seule. Il est vrai que ça lui fait du bien de parler à ses anciennes copines, celles qui la connaissent depuis si longtemps. Il lui manque Pom mais Jeanne-Elise a quelques nouveaux alliés peut-être, des passants, des gens qui aimaient quand même sa maman, malgré son caractère et ses forfaitures, ses mensonges et ses simplicités dans la nature. Elle était de nature compliquée et ça s’est vu dans les moindres recoins de sa télévision qu’elle a voulue connectée mais qui s’est révélée plus brouillon qu’un paquet de lessive bio.
Et voilà que la lessive bio en prend pour son grade. Jeanne adore les plantigrades, les vieux nounours mal habillés, fagotés comme des curés qui auraient chopé une sinusite en plein mois de l’Afrique en ébullition avec ses partenaires russes et francophones. Jeanne ne se mêle plus de politique.
Ce qu’elle veut, c’est résister à la vie civile et à la place qu’on lui assigne dans cette société, à côté des fous et des indigents qui font la manche. Jeanne le sait bien qu’elle est ventripotente mais elle n’a pas d’attente pour l’instant. Elle sait juste qu’elle prendre un bon avocat qui la mettra en frais. Est-ce que le jeu en vaut la chandelle ?

C’est sans doute la paix retrouvée avec elle-même qui est en jeu. Elle ne veut plus rejouer ce qui s’est passé dans l’enfance. Elle est beaucoup trop vieille pour ça. Elle va devenir une adulte responsable en s’appuyant sur des professionnels qui certes aiment l’argent mais qui sauront la guider dans ce fatras de magouilles et de passe-droits.
Jeanne-Elise veut passer par des canaux honnêtes et pas viciés par la facilité intellectuelle. Elle ne veut rien à se reprocher à elle-même. La vie est assez compliquée. Elle n’a pas envie de faire pitié mais plutôt d’avancer vers cette rédemption qui la guérira de tous les maux de l’enfance, de l’adolescence et de l’adulescence. Sa vieillesse sera plus tranquille qu’un voyage en berline ou en limousine. Elle prendra le coq par le bec et lui dira : « Va-t’en, damné coq ! Tu fouettes ! »
Et voilà que Jeanne-Elise veut de la clarté dans les comptes et de savoir qui a payé quoi et quoi a payé qui. Et Jean-Gredin a à se faire du souci avec ses amis de Riantec qui ne savent plus qui il est finalement, s’il est un philanthrope ou une girouette qui assassine les blés en permanence.
ᓚᘏᗢ(●’◡’●)ᓚᘏᗢ
Jeanne-Elise s’en ira dans sa maison de poète à La Trinité maintenant que les vieux Jean-Marie ont tout quitté sans laisser d’adresse, et fort heureusement. Elle a de qui tenir la poétesse et ne devrait pas tout quitter avant le mois de décembre de cette année. Il reste encore un peu de temps pour tout défaire d’un côté et refaire de l’autre côté, où elle ira voir Gwenn et Isa lui chanter les louanges de la way of life of Britany Style, en marinière et chaussures chasubles. Et on se marrera bien avec toutes ces excentricités.
A moins qu’elle n’aille à l’île d’Oléron mais elle n’y connaît personne. Enfin si Jean mais il n’a pas le droit de lui rentrer dedans.
Pour l’instant, elle est seule à Saint-Avit-les-Monts et se rencogne en attendant des jours meilleurs qu’elle ira attraper par le justaucorps.
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