
Faut-il de l’huile de palme pour manger des sardines ? Ça c’est une question intéressante que Jeanne-Elise ne s’est jamais posée. Elle a juste défié le temps pour devenir un bon écrivain sans se poser la question du qu’en dira-t-on, ce que redoutait beaucoup sa maman. Mais est-elle un bon écrivain et sera-t-elle publiée un jour ? Qui voudra de ses atours, de ses délires et de son envie d’en finir avec l’absurdité de la vie qu’on lui renvoie ? Elle a envie d’en finir avec ces lois du plus fort, du plus majestueux et du remplissage de ligne pour faire style. Elle, ce qu’elle veut, c’est quelques lignes et un bon amant qui lui dit : répète après moi : tu ne veux pas de moi, tu aimes David Roger. C’est ton vrai fiancé. Il t’emeut rien qu’en le voyant. Pourtant, c’est le petit gros de la classe, pas comme Manu Picron qui était le petit mousse le plus classe. Et toi, Jeanne-Elise, tu avais quitté Vendredi pour rejoindre cette Augustine qui ne t’aimait pas et qui soufflait très souvent. Tu as pris sa force à présent. Tu la représentes bien sans ta maman. Et puis tu as du chien et du caractère. Il ne faut pas que tu rencontres tes frères sinon tu seras malheureuse. Ils te mettront la pression et tu sortiras de tes gonds. C’est ce qu’ils veulent pour te faire passer pour folle et te faire interner. Et toi, tu as les deux pieds sur terre et tu ne déroges pas à la règle. La règle, c’est de faire selon tes vœux et tes envies, pas comme eux te disent de faire pour rester dans de sales affaires. Je suis là à présent et Jean-Tuetout est reparti dans son trou. Il va essayer de t’agacer et de t’importuner pour que tu sortes un pied de nez à l’envers de ceux qui se sont foutus en l’air sous tes yeux comme ta mère et son neveu, le fameux Jean-Pierre qui s’est sacrifié pour que tu sois mieux dans l’existence de ta sœur, la gentille Oona Chapron qui est ta princesse maintenant. Je le sais elle sent bon et elle a un tatouage sous l’aisselle, c’est une eau essentielle à la citronnelle. Comment ça, Oona n’est pas un chat ? Non, c’est un peu toi, c’est Jean-Pierre qui veut ça, qui la veut craintive et subversive, lunatique et gentille. Tu es un amour de petite fille, gentille et essentielle. Que ferait-on sans elle, sans ses sarcasmes et son marivaudage ? Ça, Jeanne-Elise, tu n’as pas le droit de draguer la Terre entière comme ça. Il faut commencer par le chômage pour embrasser la Terre entière, puis lancer son entreprise et enfin gagner la mise. Oui mais quand on est malade, on fait comment ? On attend que le vent nous reprenne dans le radiateur ? Tu n’as pas le droit d’être au chômage. L’essentiel, c’est que tu aies du carburateur à mettre dans les épinards. Après, il te faut quelques lentilles et de l’aspirine. Et tu n’as pas dit ton dernier mot. Si tu montres cette photo, c’est que tu étais déjà écrivaine à ta manière. Tu écrivais ton nom et ton prénom et au revoir à tout le monde. Ah non, c’est bonjour dans tes calepins. C’était très important pour toi qu’on dise bonjour à tout le monde sans exception et sans oublier personne. Tu tendais déjà à l’universel et Jean-Gredin est venu faire le malin comme il sait faire le taquin pour te dominer. Mais tu n’as plus peur. Tu te méfies d’eux et du salaire de leurs peurs qui est une sueur aigre et redoutable à la fois. Toi tu sens bon et tu ne sens rien après tout à part l’after chèvre aux oignons. Maintenant Jean-Montretout est un scarabée qui montre ses illusions dans des mines d’or. Il dort au fond d’un trou rebouché par les soins d’un autre fou, un ectoplasme, un Jean qui s’assoit sur la misère des maladroits et des infirmes, c’est Jean-Vincent Machado qui voit sa bure lui sauter dessus comme une burne qu’il est. Il s’est sauvé en voyant son prénom mais pas son nom. Il édite des pages blanches et les met à son nom, comme Jean-Bernard Foin qui fabrique des paletots pour lire de la poésie. Et pour en écrire, que faut-il donc ? De la bure, du style ou un vrai stylo d’empereur, un SS2I ? Tant pis, tu déposes tes noms à l’INPI chez ton casual service. Demain, tu te rengorges et tu fais la nique aux gorges qui veulent du chaud quand il fait froid et du froid quand il fait chaud. Ça c’est de l’ingénierie et toi, tu veux de l’INPI et de la reconnaissance pour pas finir comme une alouette dans un miroir sans lueur. Ce qu’il te faut, c’est une salle de bains et une bonne bathroom où tu devises avec ton cher ami, Jean-Pire de jour en jour et je n’y peux rien de ne pas voir ta main mais je l’aime bien et tes frères sont méchants sauf Jean-Gredin qui est jaloux et qui préfère les trous aux vraies filles. Voilà ce qu’est ta vie ma pauvre Jeanne-Elise. Tu es une Robinsonne sur ton île et tu n’as pas rencontré Vendredi. On verra ça après quand tu seras testamentee par ta fratrie. Ils t’ont laissé de quoi vivre pour l’essentiel mais pas pour écrire comme une déesse. Ça, ça viendra après ton bain de soleil au pays des Merveilles, à Gex chez Voltaire et consorts. A moins que ce ne soit à Guernesey chez Salma Sula. Moi je ne sais pas ce qu’il y a après le marivaudage et la poilade au pays des morts car je suis bien vivante assise derrière mon téléphone bien calée dans son canapé. Et il faut bien manger. Alors maintenant tu prends le pré et tu te mets à jouer à : moi j’veux tout pour les mettre dans l’trou avec les chiens qu’ils sont et tu ne les reverras plus de toute façon. Tout ceci est à ton nom et ils n’auront rien de toute façon car tu t’appartiens enfin et c’est bien.
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