De Jeanne à Jean

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Jeanne pense à Jean, son amant de Saint-Jean

Que dire à présent des enfants qui n’ont plus le temps de ne rien faire ?

Jeanne-Elise se souvient de son enfance, de tout ce temps qu’elle passait à ne rien faire, assise à un coin de l’âtre ou de l’escalier qui montait en colimaçon.
Assise dans un coin de l’escalier, à côté de la petite fenêtre qui donnait sur le jardin, qui lui permettait de voir loin ou de voir plus bas, le bassin et ce qui était passé à l’état de fourmi.
Et toi Jean, que faisais-tu quand tu étais plus grand que ce chapeau pointu que tu as mis dans ton tiroir-caisse ? Est-il encore temps de rattraper le temps à faire toutes ces promesses ? Que dis-tu à présent ? Que toi aussi tu caresses l’idée de parfaire ce chemin qui ne t’appartient pas. C’est à Jeanne-Elise de l’emprunter coûte que coûte, et qui apparaîtra verra que rien de ce qu’elle redoute ne sera arrivé. Ce qu’elle trouve, c’est qu’elle est bête comme ses deux frères à ne jamais rien faire comme ses ouailles mais elle s’en fiche, elle s’en sort plutôt haut la main. Elle pense à ces gamins qui n’ont même pas la possibilité de faire quelque chose pour eux-mêmes et par eux-mêmes, que l’on a empêché de penser par leurs propres moyens, à qui l’on a dit ce qu’il fallait dire, faire et comment il fallait penser.
Jeanne-Elise a passé toute son enfance au coin, même si elle a eu des activités qui l’ennuyaient beaucoup. Ce qu’elle aimait, c’était ne rien faire et imaginer tout un tas de situations où elle était l’héroïne de toute une petite basse-cour ou d’un monde imaginaire avec un prince et un crapaud, un roi et un faiseur d’oiseaux qui revient à chaque fois qu’on lui tend la main. Elle ne sait pas pourquoi, Jeanne-Elise ne s’est jamais ennuyée quand elle était au coin. Elle soupirait beaucoup mais c’était d’aise de se trouver fort aise de réussir son coup à se raconter de petites histoires qu’elle laissait dans son imaginaire. Aujourd’hui elle écrit tout ce qui lui passe par la tête et son univers est très riche. C’est le principal après tout. Son univers est bien loin de celle qui l’a réunie près du sapin de Noël autrefois, quand on l’appelait Samuelle alors qu’elle s’appelait Bouddha. Bouddha va bien, elle ne s’est même jamais aussi bien portée.
Est-ce tout de suite qu’elle atteint l’apogée ? Elle fait le nécessaire pour continuer à s’amuser tout en se tuant à la tâche. Elle est bien accrochée à son ministère, son magistère et son master ès réalités insoupçonnées. C’est ainsi que Jeanne-Elise voit des femmes voilées partout, des femmes de la Saintonge qu’elle voyait en songes du côté de la Beauce où les femmes se coiffaient avant de se marier pour ne pas être tête nue, pour ne pas montrer qu’elles sont nues sans leurs coiffes de petites beauceronnes et qu’elles sont désuètes et totalement obsolètes. Où sont ces coiffes maintenant ? Sont-elles remisées à la médiathèque d’Aurelcastel ou au musée des libertaires qui veulent s’envoyer en l’air avec du tissage de dentelles ? Voilà, maintenant, son appétit est grand. Elle voulait en partir de cette affreuse Beauce et maintenant elle se dit qu’il y a peut-être quelques choses à faire avec ses origines mais elle aimerait changer de coin pour parler de ses origines en empruntant la Limousine, cette fille de l’ouest qui est chagrine dès qu’elle obtient quelque chose. Est-ce que Jeanne-Elise est sibylline ? Elle ne sait pas pourquoi mais elle n’y croit pas à la mort de sa mère. Elle ne savait pas qu’elle avait son caractère, la douceur dans son regard en plus. Elle est douce et n’est plus dure dans ses traits. Elle aime la beauté de ses cheveux, de ses lèvres et des coins de ses yeux qui se plissent aux premiers coups d’œil. Voilà. Bien sûr elle est velue pour ressembler à son père et pas à sa mère qui était imberbe. Jeanne-Elise est poilue et ne se confie pas aux autres. Ce qu’elle aime, c’est rire comme une petite bossue et se moquer de tout, même de sa frime et de son envie d’entrer en littérature. Jeanne-Elise ne se prend pas au sérieux, c’est ça qui est malheureux mais elle fait ça très sérieusement quand elle pense à sa mère qui n’a pas eu le temps de lire sans son accord.
Je suis partie, Jeanne-Elise, pour te laisser respirer. J’espère que tu apprécies ce que je dis.
Jeanne-Elise s’en doute, elle partira au mois d’août rejoindre des copines du Limousin où elle aura sa carte de visite d’écrivain pour revenir au point mort, jusqu’au mois d’août de l’année suivante, et elle aura concrétisé son métier d’écrivain, ses publications vont bon train mais sa carte de visite est au point mort. Elle est morte de chagrin ce soir quand elle pense à son chien qui ne la reverra pas. En tout cas pas comme ça. Alors qu’elle, elle revoit son chien en train de l’enterrer dans le sable comme s’il fallait qu’elle s’enterre pour enfin respirer. C’était un coup du diable et elle pose un lapin à Satan ce soir qui a fui devant le corbillard.
Jeanne-Christine est partie.
Elle ne refera pas son lit.
Jean-Gredin est rentré dans son fauteuil tout cassé à la place des morts où il s’est précipité en buvant trop de vin.
Et Jeanne-Elise qui est chouette sans son calepin mais avec son air débonnaire qui n’a pas l’air d’y toucher mais qui en veut juste assez pour foutre la pâtée à ses frères qui sont partis dans le fossé depuis qu’ils ont tout quitté.
Sa vie, son assurance et ses belles bacchantes pour lesquelles elle a mis un contrat d’assurance en bonne et due forme. Enfin pas maintenant. C’est encore en sursis mais tout ce qui se dit ici ne sort que par les trous de l’aéroport d’une ville qui se referme, qui vit en vase clos et qui n’est ouverte que sur le ciel.
A bas les aéroports modernes et silencieux ! On veut des aérotrains et des sujets de conversations qui ne sentent pas le Ricard et les contraventions, mais le mois d’août et les envies d’en finir avec une vie simplette.
Juste mener une vie simple et sans prise de tête. Avec du partage et des envies d’avoir un bon shampooing, ça c’est certain parce que ça fait de magnifiques cheveux mais pas des envieux, juste des chipies qui ont des poils sous leurs lits.
Bon, trêve de plaisanterie et pensons à autre chose maintenant que tout est dit. Quand est-ce que c’est qu’elle publie la petite à Renvoisé, la fille du monsieur du pré ?
Renvoisé n’est pas mort mais il y a une dot en or.
C’est ce que se dit Jean-Eric l’égrefin du mois d’août. Il va finir par avoir des doutes. Sa Limousine lui a dit qu’il a intérêt à faire des petits. Des petits jusqu’au mois d’avril prochain pour être enterré en septembre, aux éditions des arbres qui se vengent la nuit, à minuit, foi de radiateur et de pissenlit.
Et ta sœur ? Elle compte pour du beurre ?
Lui a-t-on dit qu’au mois d’août elle sera assise sur un bateau avec toute une clique de corsaires qui vont lui faire passer cul par dessus tête ?
Nope, pas d’accord.
Jeanne-Elise en a assez d’être au mois d’août. Ce qu’elle veut, c’est avoir juste assez pour vivre et manger, aller un peu au ciné, au théâtre et au concert. Prendre le train parfois mais pas tant que cela. Elle veut des accords bénins et sans lendemains. Juste des rendez-vous très cools avec des gens qui lui veulent du bien. Et pas des serins qui sont là pour l’épier et lui demander si elle préfère le blé ou les amandes en poudre ?
Est-ce que j’ai bien fait de répondre ainsi se dit Jeanne-Elise qui ne dit rien sur son futur destin, sinon qu’elle est destinée à passer à côté de sa mère et de ses frères pour prendre le magasin de la rue Saint-Symphorien, à Gay-Lussac, dans le Limousin.
Sans ton accord on ne peut rien.
Alors soit, passons par les fourches caudines d’une vie citadine qui ne prendra pas le bon chemin. Jeanne-Elise se destine à être rentière et à écrire toute sa vie pour se donner les moyens d’écrire, écrire, écrire et encore écrire.
Voilà où l’on en est du roman balzacien.
Qui n’en n’est pas un mais qui poursuit sa route sans la déroute de l’héroïne qui s’achemine vers un nouveau chagrin.
Voir qu’Oona est assez sincère pour la voir partir évoluer sans elle.
Mais non, ça c’est irréel. Sans Oona, rien n’est possible. Oona, c’est la white satin in the black night. Et tonight, elle se transformera en black satin in snow white.
Voilà, c’est tout pour la frime. Demain, elle n’ira pas plus loin. Elle ira chez un notaire relier ses origines à ses envies testamentaires.
ça y est, elle prend la fuite avec ses bébés et elle laisse ses deux frères refaire le chemin à l’envers vers le corps de leur mère.
Ils sont repartis aussi secs, blacks et d’équerre.
Voilà pour la sibylline qui n’a pas envie d’une Limousine mais d’une fille de l’ouest pour copine pour rejoindre la mer et revoir sa mère qui aimait trop ses cheveux mais pas trop ses yeux. A moins que ce ne soit le contraire. Allez savoir avec les mères qui ont des prétentions avec leurs enfants mais pas avec leurs parents.
Poursuivons cette route qui nous ramène aux chemins de l’enfance, à la croisée de ces chemins qui reprennent la route vers d’autres endurances, d’autres fantaisies et d’autres maîtres-queues qui s’extasient devant de tels cheveux.
Voici pour le pognon.
On verra après ce qu’il y aura, si c’est de l’ombre ou de la lumière, si c’est l’aube, l’aurore, ou la tombée de la nuit, cette heure bleue que tu appelles parfois la nuit noire. Mais la nuit n’est jamais totalement noire, à part dans ton souvenir de maître Gredin qui soupire alors que tu aurais mieux fait de partir avec tes sous bien avant eux. Tu es partie sans eux, sans prendre la fuite. Tu as juste pris un autre chemin, celui qui est le tien et qui te tient coûte que coûte.
Sans eux, tu ne peux plus rien faire d’ambitieux.
Avec eux, c’est la misère qui t’attend.
Tu prends ton chemin, ton petit baluchon et tu partiras comme ça au mois d’août toquer chez tes potes du Limousin pour voir si tu es autrice ou affabulatrice.
As-tu besoin d’une URRSSAF ou d’un diamant brut ?
D’un retardateur ou d’un imaginaire qui t’envoie en l’air dès que tu te mets à pianoter avec un H. qui hache tout avec son piano et pas en l’air.
Te voilà revenue au mois d’août à écrire des croûtes avec tes amis de la morte sibylline qui est partie se refaire une santé loin de ses bébés.
Elle en a besoin, elle a tout donné. A Jeanne-Elise de prendre sa part et de ne pas renâcler même si tout est bizarre dans sa destinée.
Marcel, quand me diras-tu d’en finir avec les filles qui ensorcèlent les sibyllines et pas les pauvres filles qui n’ont pas un rond ?
Dis, aimes-tu les filles ou les garçons ?
Les garçons d’abord, tu ne peux pas t’empêcher de regarder leur pantalon, se dit Jeanne-Elise à elle-même. Elle sait ce qui la suit, ce n’est pas une fille, mais un gendre patibulaire qui plaît à sa mère. Un Jean-Olivier Machado ou une Jeanne-Erika Truandetout.
Jeanne-Erika, tu es la fille que tout le monde attendra quand tu auras passé l’âge d’oublier que tu es un garçon, belle demoiselle de la rue de Charenton, près du Tréport, où les aéroports sont partis en puissance depuis qu’on a mis la panade aux ports.
Et ce n’est pas une suite, c’est sans lendemain. Ce qu’ils disent depuis le mois d’août, c’est que tu as grandi en un rien de temps, le temps de prendre de nouvelles mesures d’austérité et un autre chemin pour mettre la frime loin de ton destin.
C’est ainsi que tu t’imagines, loin de la frime et plus proche des solitaires qui aiment les filles du mois d’août, dans leurs poches, près du Tréport où l’aéroport est mal en point de toute façon.
Ce qui est important, c’est que les Jean-Luc fassent semblant d’être des vicieux malheureux. Ils n’ont du charme que pour les ambitieuses.
Et toi, Jeanne-Elise, tu as de l’ambition, pas un double menton. Tu aurais mieux fait de te mettre en terre le jour où tu l’as vu se rire dessus avec ton diamant brut alors que tu as l’imaginaire d’une fille qui rigole à ces précieux qui veulent du vin tout le temps, des inconstances et des retardataires qui ne veulent plus ressembler à leur maman. Alors soit, ils sont deux et tu as de la poigne. Tu imagines que tu aurais pu les mettre à terre. Ils vont se relever et te dire d’aller signer chez le notaire. Ce que tu ne vas pas faire. Tu as un notaire pour deux, pas pour trois. Tu as un notaire pour ceux qui s’aiment. Pas pour ceux qui veulent mettre l’accent sur tout, sur tout ce qui bouge et évolue.
Les riches qui n’ont pas de fric pour se payer un restaurant pas cher…
Allez, c’est parti, les jambes en l’air !!!
Tu as mis tout le monde par terre !
A commencer par Françoise qui a pleuré ta maman comme si c’était sa meilleure amie. Eh oui, Françoise est une amie et tu t’en doutes, tu la reverras jusqu’au mois d’août.
Avant, il y a de l’ambition à se faire avec les Jean-Laurent, Jean-Antoine et les Jeanne-Suzanne qui veulent mettre des décors à la Suzanne Flon. Et là, il n’en n’est pas question. Jeanne-Elise tient à son double menton qui prend la fuite.
Elle va se refaire une sinusite alors qu’il est d’accord qu’elle doit prendre la fuite vers le Tréport. Qui est son fief depuis longtemps, depuis qu’elle a vingt-cinq ans et l’envie d’en découdre avec la vie et la littérature.
Merci Jean-Benoît Puech qui est un ami sans le savoir… ou qui le sait déjà.
Il y a les Jean-François Débonnaire et les Jean-Gabriel Bergotte, les Jeanne-Céline Dumontel et les Jean-Pierre Nodule. Les Jean-Jean qui sentent la sueur et les Jeanne-Emmanuelle Seiche qui aiment les poètes qui prennent leur luth pour leur donner un baiser 💋 . Et elle avait bien rigolé avec son amie Jeanne-Chrystelle et Jeanne-Fabienne n’est pas en reste non plus pour rigoler à son insu.
Enfin, voilà, tout est dit des amis de la fac.
Jean-Benoît aura une postérité et les autres des noms à décoder dès qu’il sera bon de tout révéler, c’est-à-dire dans quarante ou cinquante ans.
Maintenant, croyez-moi qu’il est bon de perdurer dans la candeur.
Jeanne-Elise n’est pas à court d’idées.
Elle envie ces contrecœurs qui lui ravissent le palais et pas sa mise en bière. Elle n’attend que le mois d’août alors qu’il faudrait qu’elle balise tout pour mettre en route ce qu’elle dit. Il faut qu’elle fasse tout, toute seule, sans appui et sans doute. Elle aura bientôt une autre feuille de route qui lui dira de prendre le chemin de la déroute, celle que l’on signe d’une main sans regarder ce qui se passe par terre. Elle finira demain dans le caniveau alors qu’elle a demandé sa main à Jeanne-Erika.
Que lui réserve ce présent qu’elle a mis tant de temps à écouter ?
Elle voudrait tant revoir sa maman, l’écouter et se dire qu’à présent elle a pris l’ascendant. Et ça, ce n’était pas possible avec sa maman. Alors maintenant, elle est grande, elle prend le présent à bras le corps et le chope pour s’en faire un avenir plein de certitudes avec des Jeanne-Erika et des ambitions pour son menton qui prend la fuite dès qu’elle appuie dessus.
Maintenant, elle se dit que tout de suite, c’est sa suite. Son ambition, c’est son chemin du mois d’août et de l’URRSSAF Limousin. Après, c’est sa mère qui apparaîtra dans les plages du 15 août, avec dieu le père et déesse la mère qui est sa nature au fond. Comme l’a dit Jean-Gredin, la mère de Jeanne-Elise aimait rigoler et se moquer. C’est exactement ça qui l’anime avec une pointe d’ironie pour masquer la frime, mais pas le chagrin de ne pas être aimée par son prochain. Jeanne-Gredine aime Jean-Eric et vice-versa.
Jeanne-Erika lance une pierre dans le jardin de Jeanne-Elise qui lui renvoie la balle avec ses mots, ses passions et ses envies d’en découdre avec l’amour de son prochain.

C’est exactement ce qui s’est passé aujourd’hui : un enterrement, ni fleurs, ni couronnes. La crémation de Jeanne-Christine s’est bien déroulée. Elle avait laissé assez de champ pour que l’on fasse avec sa pitié et sa piété. Jeanne-Elise veut mieux. Elle veut des incinérateurs dans tous les rétroviseurs. Jeanne-Elise est fine, ultra fine mais elle ne correspond plus à rien. Elle ne correspond plus avec personne alors qu’auparavant, elle avait un vrai carnet d’adresses avec des copines dedans. Parfois des copains taquins et des Jeanne-Gredine qui jouaient la frime.
Jeanne-Elise cherche Jeanne-Erika partout dans tous les recoins de sa maison. C’est qu’elle manque d’allure parfois pour se raréfier, se dire qu’il faudrait moins d’allure pour aller pêcher trop loin.
Ce qu’il faut, c’est des météos et pas des Matéo.
Matéo a la vie dure, il voudrait qu’on lui susurre des bonnes paroles et pas des : va chercher du pain chez le voisin quand la voisine prie avec Jeanne-Gredine.
Jeanne-Gredine est amoureuse de Jean-Eric mais pas Jean-Eric. Jean-Eric préfère Jeanne-Elise qui a des atermoiements avec ses frères qui s’appellent Jean-Tuetout et Jean-J’boiscommeuntrou. Elle flingue tous ses rapports avec ses voisins mais n’en pense pas moins. Pour l’instant, Jeanne-Elise est sur son statu quo. Elle ne bouge pas d’un iota et ira chercher son shishigashira, son acer palmatum qui vient de la nuit des temps, bien avant le biloba qui a vaincu le napalm. Jeanne-Elise cherche Jeanne-Erike dans tous les recoins de l’Afrique, là où est son fric, pour lui dire qu’il la serre dans les bras de sa mère qui l’enserre par-dessus les sphères qui sont des palmatum et pas des atrium. Jeanne-Erike est une méchante fille qui aime les soucis de Jeanne-Elise mais elle la sert pour d’autres manières et d’autres matières. Elle l’enserre dans ses bras pour lui trouver une autre atmosphère, bien loin de la mer à laquelle elle a droit, si loin de Dijon et de l’île d’Etretat qui se voit au large quand on est sur la côte, près des falaises où on craint de voir son passé ressurgir. Craintif des falaises, c’est un mot de l’obèse, celle qui s’appelle Germaine et pas Gertrud. Stein, la Stein, cette grosse pierre grise qui vise le napalm alors qu’il faut de la matière grise pour écrire tout ça.
Jeanne-Elise ne peut pas croire qu’il lui faudra tout ce temps pour se remettre en selle, d’abord au mois d’août, ensuite le mois de janvier et enfin la rentrée de septembre. En 2027, ce sera peut-être bon pour qu’elle aille prendre l’air loin de ses frères ? Ah non, ça c’est pas bon du tout. Ce qu’elle veut, elle le veut tout de suite et maintenant. Après, elle maudira ses affaires de ne pas prendre l’air.
Je sais je t’attends, Christel tu es mon amant.
Reprenons la route avec un certain Christel pas tout à fait charmant. Il avait du blanc sur les dents et de la cervelle en dentelle. Lui, il se lavait les dents tout le temps et pas le cerveau. Elle, ce qu’elle veut, c’est un homme avec un cerveau qui la fasse rire ou sourire, qui l’attendrisse ou l’émeuve, qu’il lui parle bien, qu’il ne la prenne pas pour son chien et avec lequel elle pourrait parler de tout et de rien, et surtout de rien. Jeanne-Bobine, tu rembobines le temps. Le voilà ton homme idéal, c’est un homme fatal à trois francs six sous qui s’habille avec une robe de bure et a une tonsure au-dessous de son chapeau de paille, son petit panama qu’il prend entre ses mains pour te vendre du vent alors que tu sais bien qu’il ne veut pas ta main, il veut ton argent et ton petit pécule pour rendre gorge à tous ces faquins qui le prennent pour un chien.
Jean-Eric, qu’en dis-tu maintenant que tu as dit qu’elle pue la savonnette et le manque d’eau de toilette ? Mais c’est comme ça qu’elle vit. De la savonnette, pas d’eau de toilette ni d’eau de Cologne mais de l’eau de Sologne où tu mets du Schweppes pour prendre un air de girouette alors que tu es très chouette, Dodo la saumure. Quand est-ce qu’on retourne à Katmandou ? J’irai bien en Abyssinie avant, en Ethiopie mais pas en Erythrée où ça sent la guerre à plein nez et pour se faire blueser, il y a du choix dans les falaises d’Etretat qui tiennent de lieu factice aux bottes de sept lieues alors qu’elles sont en caoutchouc, décidément, ce caoutchouc tape dedans et ça crépite et ça couine, ça fait schtong, schtong, schtong et schtroumpf comme le grand schtroumpf de Jeanne-Denise qui écrit tout le temps depuis qu’elle se brosse les dents avec Steve McQueen.
Bientôt une brosse à dents pour toutes ces héroïnes du Ramboutan qui isolent la frime juste un instant. Maintenant, c’est Sibylline qui revient. Elle veut tout cacher et ne rien lâcher. Elle a envie de pitié, pas de piété même si on va sans doute cacher la petite enfant juive à Saint-Avit-les-Monts, dans un lieu de culte pour handicapés du bulbe rachidien.
Et c’est très bien. C’est pour la fin de toute cette déroute qui sent la croûte. jean-Gredin s’est installé dans le mausolée. Il revient sur son passé. Il est en faillite. Il a choisi une fuite. Il revient de loin et maintenant, il tape sur sa machine pour faire croire qu’il est occupé mais il n’aime pas le temps. Il aime son chien, son petit de la SPA mais pas sa fille qui aime les petits du bistouri.
La vie, c’est ici qu’elle se finit.
Jeanne-Elise voit loin, elle voit l’horizon, le bleu du ciel et de la mer, dit comme ça, c’est bateau mais elle ne peut s’empêcher d’être banale pour être fatale à ceux qui n’y croient pas qu’elle peut s’en sortir sans sa maman.
Maintenant, elle a du chien et elle veut bien servir de passe-partout mais elle ne veut pas des Jean-J’boiscommeuntrou, des Jean-Tuetout contre les chiens.
Jeanne-Elise est tranquille.
Elle veut sa paix avec le monde.
Elle veut voir le monde loin de tout mais pas loin d’elle.
Elle aime le monde, elle aime la mappemonde mais pas les immondes faces voilées qui se profilent à l’horizon, ces femmes que l’on masque avec un voile ou un maquillage, un regard qui tue et qui se fait passer pour ravageur, une blondeur qui n’en n’est pas une, une mesquinerie qui ne fait pas bien. Ce qu’elle a vu aujourd’hui, ce sont des loutres qui veulent absolument tout, le travail, le passe-temps et les robots-machines pour faire la cuisine, le ménage et la vaisselle.
Jeanne-Elise n’y croit pas. C’est encore les femmes qui se prennent tout dans la gueule alors que les bonshommes brûlent tout avec leurs bagnoles à grande vitesse, leurs huiles de moteur et leurs intentions de ne pas être sérieux avec le monde, sauf avec les chiens qui reviennent de loin.
Elle ne croit en rien d’autre qu’en la poésie, la littérature et l’écriture, c’est son seul serment qu’elle a fait à la cérémonie d’adieu à sa mère.
Et tous ces secrets qui sont en l’air et qu’elle voit par terre.
En l’air, il y a ces esprits qui tournent autour d’elle. Ces esprits accueillants qui la croient fautive tout le temps alors qu’elle se prépare à prêter serment à son jeu de paume. Elle veut aller là-bas, à Versailles, chercher son trésor dans la cave du sous-sol d’une paroisse. C’est là que sont cachés les secrets de ses origines.
Petite fille juive cachée ou vampirisée ? Un peu des deux.
Petite fille obtuse qui ne va pas laisser passer l’occasion de mettre deux ou trois buses à tous ces garçons qui la prennent pour une muse alors qu’elle est écrivaine et qu’elle n’est pas vaine. Elle n’écrit pas en vain. Elle écrit pour faire pareil que ces musiciens qui la prennent à revers ou dans le sens de son cheveu. Ils la caressent, à revers ou dans le sens de sa peau. De son épiderme. C’est vrai qu’elle est sensuelle quand elle écrit ça. Elle ne sait pas, elle ne se rend plus compte de rien et ne se regarde plus dans la glace depuis trop longtemps.
Et ce longtemps, c’est le lendemain du viol qu’elle a subi avec un archéologue qui était consentant pour la mettre dans la mouise. Elle n’avait pas dit oui, elle était juste soumise aux caprices du temps. Elle avait vingt-cinq ans et ne voulait pas s’offrir.
Elle voulait s’ouvrir à l’irruption d’un chaos, d’un absolu, d’une déraison.
Elle s’est offerte à la folie, à la passion sans but, à un mysticisme déraisonnable, à une déraison qui n’était pas viable, à un coup de cafards dans ses alouettes, elle qui fut très chouette de s’abandonner ainsi même si elle est aussi impénétrable que les voies du seigneur.
Personne ne peut vraiment entrer dans son esprit quand elle s’abandonne à son devin, à son Jean-Pingouin ou sa Jeanne-Penguin.
Jeanne-Elise va éditer ses œuvres chez Penguin, son éditeur anglais favori qui allume les courtoisies avec Daniel Defoe et Oliver Twist.
Penguin Books aussi en France avec les éditions des arbres qui se vengent ?
Même pas en rêve Monseigneur ?
En France, il y a des éditeurs qui sont en souffrance alors on garde les valeurs dans la rigole de l’endurance, la constance et la rigueur.
Voilà, Jeanne-Elise est tenue à la rigueur de se trouver un éditeur à l’étranger avant d’être rapatriée en France. Il faut qu’elle s’exile.
Canada, Suisse ou Belgique ? Pëut-être en Afrique où elle se fera passer pour une sage qui sort de sa case.
Non mais n’importe quoi ma pauvre frangine, tu passes ton temps à boire du thé et tu es névrosée.
Pas du tout, tu t’appelles Lili pour Bruno et Max pour Eric. Max et Lili ont vu passer des champions de l’aspirine plus loin que sa rigueur. Elle veut s’en aller tout à l’heure, à l’autre bout de la terre, loin des hémisphères nord ou trop polaires.
Elle veut de l’ouest, c’est sa transcendance.
Allons à l’ouest et demandons pardons à Julien Gracq de passer à la trappe devant tant de béatitudes. En lisant en écrivant et je suis dans le vent des cousins charmants qui aiment les Gertrud et par les Germaine.
Germaine, c’est la semaine prochaine.
Pour l’instant, Jeanne-Elise fait du vent avec ses sornettes d’édition, mais pas sur le viol, ça c’est réel et ce n’est pas de la bagatelle, ce sera un jour de l’édition, je te le promets le poète et capitaine de vaisseau qui est parti trop vite sur les mers avec les chevaux du démon.
Maintenant que tu es partie loin avec Arthur, tu iras peut-être loin demain avec Jean-Gredin qui se vautre dans ses excréments et ses habitudes de fainéant qui n’ose plus devenir bien mais juste Tuetout, comme son frère Jean-Tuetout qui vise trop loin pour voir le malin faire ce qu’il veut avec lui.
Lui veut tout, même Jean-Gredin qu’il a violé autrefois quand il s’est aperçu qu’il manquait du pain dans la baguette.
Jean-Tuetout est un voleur, un attrape-tout, un grippe-sou qui vise la vie des autres pour ne pas arriver à parfaire la sienne qui s’en va à vau l’eau.
Il faut que Jeanne-Elise continue de vivre mais pas avec eux.
Avec eux, c’est la mort.
Elle ne veut pas d’eux.
Elle est bien trop vivante pour se laisser tuer par les deux truands de ses parents.
Elle veut tuer tout ce qui bouge hors de chez elle tellement c’est hors du temps, hors de la vie qu’elle avait cru apercevoir jusqu’ici.
Peut-être vit-elle dans une bande dessinée, une illusion qui plaît aux riches qui voient en la migration une espèce de Tuetout alors que ce sont eux qui la provoquent la migration, eux qui veulent tout massacrer pour ne pas laisser filer leurs devises et leurs caractères bien trop trempés dans les affaires de béton armé.
Elle est dans la mouise jusqu’au cou quand elle écrit ça et après tout, elle s’en fout.
S’il y a des milliardaires qui lui volent les sous qu’elle n’a pas, qu’ils aillent se faire renvoyer par le diable dans la péninsule du chibre qui a mal après avoir trop bougé son frein.
Voilà pour son refrain.
Maintenant, les gigolos de la petite semaine qui se croient tout permis, même de mettre Jeanne-Elise dans leur lit alors qu’elle ne vaut pas un kopeck.
La voilà maintenant bien embêtée.
Elle était charmante autrefois.
Bien trop charmante pour être amoureuse de qui que ce soit.
Elle ne s’aimait pas.
Il aurait fallu qu’elle s’aime pour voir le trou de la chaussure ailleurs que le bout d’un nez qu’elle trouvait trop volumineux, d’une bouche qu’elle trouvait trop fine.
Elle n’avait rien d’une allumeuse ni d’une allumette.
Ce qu’elle disait était très chouette.
Elle était copine avec la vie mais n’osait pas tout.
On la prenait pour un chien que l’on promenait en laisse pour lui faire passer le temps.
C’est son regard qui est triste maintenant quand elle se rappelle ses années boutique amère et parties de jambes en l’air avec le safrané qui lui a mis le cœur par terre et la tête dans un état bien ailleurs que la misère.
Maintenant, elle se rattrape et écrit tout le temps pour exorciser tout ça.
Elle en a mis le temps à faire comprendre qu’elle avait été violée par un connard qui voulait la prendre par tous les trous parce qu’il était monté comme un étalon du Sahara.
Maintenant, calmons-nous. Tu n’iras pas plus loin et tu révéleras son nom demain matin dans un message codé sur un télégramme d’un quelconque réseau.
Maintenant, sors des réseaux et écris pour de bon, dit Jeanne-Françoise qui l’incite à n’écrire que de la littérature, pas des passe-temps pour amoureuses de l’indicible moquerie qui va toujours de l’avant.
Mais Jeanne-Elise est aussi moqueuse que ses contemporains qui l’assassinent pour un rien. Alors un prêté pour un rendu.
Et bientôt, une cause qui va bien à tous les amoureux du mois d’août.


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