
Que faudrait-il encore dire ? Que Jeanne-Elise est patraque depuis qu’elle s’est sentie pousser des ailes à force de tirer sur les cordes du bastingage ?
Jeanne-Elise est patraque parce qu’il a fallu s’occuper de sa mère pendant cinq semaines quand elle s’est retrouvée à l’hôpital d’Aurelcastel sans être vraiment soignée, puis deux semaines chez elle où elle n’a pas eu le loisir de parler avec elle tellement elle allait mieux et que sa mère se rendait compte qu’elle s’était affranchie d’elle. Jeanne-Elise est belle, féroce, et ne supporte plus les vils sévices que lui font subir ses frères. Oh, mais quelle infortune ont-ils réclamé ces égrefins. Jeanne-Elise ne fera pas fortune, elle le sait bien. Elle a déjà perdu la partie, il va falloir réestimer les biens si on veut s’entendre sur un prix. Voilà qui est bien. Je ne suis pas forte mais celle qui est une dot n’a pas dit son dernier mot. Elle en a encore plein sur le dos à se mettre. Elle a dit d’aller se mettre un paletot pour revenir sur ses dents, sur ses enfants et ses illusions. Jeanne-Germaine n’a pas d’enfants, n’a pas de dents et ses illusions sont venues à point pour divertir les gens qui n’ont rien compris à ses allusions. Sibylline est de retour, elle se comprend, c’est le principal. Le peintre est venu et a parlé de couleur sauge à la place du pois cassé qu’elle voyait. En fait, c’est la même chose à peu de choses près. Voilà pour les aménagements intérieurs. Il faudra encore penser à ses aïeux, à ses frères, à ses envies de faire le mort, ou le Maure, comme au jeu de Bridge. Elle ne sait plus qui est qui. Elle ne sait plus qui est le mort ou qui est la Maure. Tête de Maure crie-t-elle à tout bout de champ, Margaret, la femme à la gitane maïs qui crie plus qu’elle ne comprend à ce qui se passe. Mais il faut bien qu’elle s’y fasse. Jeanne-Maïs a beau sourire à tout ça, elle a tout de même un peu les foies. C’est qu’elle se dit : qu’est-ce qui a bien pu se passer chez Jeanne-Muguette Mortier, hier, si l’ambulance des pompiers était chez elle comme l’a affirmé son frère ? Qu’est-ce qui se passe en dehors de chez elle ?
Jeanne-Elise se dit qu’elle se maquille trop peu mais elle n’en n’a pas besoin.
C’est sûr, ça fait tout de suite mieux mais pour l’instant, elle danse sur les contredanses des avocates des cieux.
Aujourd’hui, il est difficile de revenir sur un bond. Il faut un contre-bond et un faux mari qui lui servira d’apprenti magicien.
Marie-Jeanne est repartie sourire. Elle refuse les ronds de cuir du notariat qui se laissent aller à perdurer dans le célibat sans passer par une seule contrepartie. Son amie Jeanne-Péronnelle a perdu une occasion de sourire. Maintenant, c’est elle qui va s’en prendre à elle. Jeanne-Elise est fauchée, elle n’a pas envie de se laisser aller. Elle fait attention à elle et prend ses médicaments pour ne pas sombrer dans cette folie additionnelle vers laquelle la mènent les circonstances. En fait, elle n’est bien que lorsqu’elle se met à sa machine à pain. Elle sait très bien faire le pain et c’est facile de se bouger le cul quand on veut y mettre le soin. Bon, pour le gâteau aux carottes by Pierre Hermé, elle doit avouer que c’est raté.
Jeanne-Elise se rend compte qu’elle a été privilégiée par ses enfants. Quant à ses parents, ils ne connaissent pas leurs biens. Ils sont finis maintenant. En fait, Jeanne-Elise n’a pas d’enfants. Ses enfants, ce sont ses écrits et elle les lègue tous à l’abbé Souris ! Allez, souris à la bibliothèque, celle de François Mitterrand où elle prendra la route pour voir si les expositions ont du chien, du chat ou tout autre animal pas loin du Jardin des plantes où elle pourra léguer son cerveau et sa langue. C’est tout ce qu’elle a à dire.
Maintenant, si vous voulez savoir ce qu’elle va faire de son corps, de savoir si c’est un Thibault ou un magicien, un Eric ou un patricien, un Olivier ou un excavateur, peu importe, elle aura pris le temps, elle aura mis du temps, mais elle sera née à elle-même avant tout. Et ce qu’elle veut, c’est être avant tout avec elle-même. Elle sait qu’elle sait se renouveler sans l’aide de trop de personnes. Un peu quand même pour les échanges de bon principe. Et puis les silences, les musiques, les paroles, les oiseaux qui chantent et la vie sans modération pour écrire comme si c’était une déraison alors que c’est juste une fuite en avant pour retenir le temps. Et ce temps, c’est maintenant qu’il faut l’attraper, quoi que tu en dises Olivier. Pour Olivier, c’est le passé qu’il faut préserver pour mieux regarder l’avenir.
Pour Jeanne-Elise, le présent est plus qu’important, il se nourrit du passé pour mieux prévoir l’avenir. Et à chaque instant, elle aime ses parts de gâteaux, ses tomes de Savoie, ses envies d’en finir avec l’Abyssinie qui n’est pas loin puisque c’est dans le Morbihan, un coin qui a du charisme et du chien.
Adieu les châteaux boudins, les roses d’André Eve et les envies de voir Marcel à tout bout de champ. Marcel, il est chez lui partout tout le temps. Marcel la suit à tous les instants. C’est son ancien collège, ses années fac et sa postérité qui n’a pas été signée. Il y a encore du pain sur la planche. On verra après le mois d’août.
Et le mois d’août, c’est demain. Elle part signer un accord avec ses frères. Elle attend. Elle attend que le temps soit plus grand et plus favorable. Bien sûr, il faudra réévaluer les maisons, les estimer et non les mésestimer. ça se ferait entre potes dirait-on. On verra bien si on a assez de potes ou de pommes potes ou de compotes.
Voilà. C’est bien comme ça que se destinent les enfants de Jeanne-Christine et Jacques-Laurent.
Jeanne-Elise n’a plus assez de puissance pour reconduire ses anciens amants à la porte de sa destinée. Il y a bien eu ce Jean-Michel S, ce Jean-Pardon P. et cette Jeanne-Elie V. Mais ça, personne ne le sait. Elle-même Jeanne-Elise ne le sait pas. On aurait abusé d’elle alors qu’elle était saoule comme une polonaise. Enfin, c’est ce qu’elle croit. Jeanne-Elise n’est pas Polonaise, elle aime les poneys et les vies ad libitum, l’écriture à volonté et volontés, à pleines mains comme si on engrangeait tout un chemin.
Amène ton pain, et je t’en prie, vois un peu plus loin…
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