
Que des silures dans cette cambuse mais cela ne nous a pas empêchés de connaître le même destin, se souvient Jeanne-Elise, celle d’une artiste à qui on reconnaît qu’une baraque à frites n’est pas un mauvais décor de roman mais juste une petite gare pour s’échapper de son quotidien. La gare, elle y est allée ce matin, et il y avait du choix dans les chemins, les traverses et les ports qui attendent une rousse au minois si charmant. Demain, elle revient dire un dernier salut à ses amis du port de Brest qui ne recouvrent plus rien tellement ils sont à l’ouest. Demain, c’est à Jean de reprendre son chemin vers son destin. C’est à lui de recouvrir sa couche d’une nouvelle paille ou d’un nouveau diamant, d’une nouvelle illusion. Elle n’osait pas le dire mais il lui avait manqué, ce garnement, ce fils d’un maître-nageur et d’une tailleuse de diamants. Jean-Fabien aimait les chignoles et les restes d’une enfant qui n’avait rien vu de ses appartements. Jean-Fabien s’intéressait à elle pour piquer toutes ses idées et tomber sous son charme. Elle, elle n’a rien vu. Elle a vu qu’il avait un diamant au bout du doigt comme pour dire qu’il était ivre alors qu’il était réellement amoureux d’elle, d’un amour fraternel et incestueux. Mais elle, elle n’y voyait goutte. Fabien préférait sa sœur, la sempiternelle imagination féconde, celle qui préfère les cimetières au monde des vivants, celle qui aime les vampires aux vieilles dames charmantes qui animent les après-midis de Jeanne-Elise. Jeanne-Elise s’en ira bientôt, c’est certain. Cela n’a que trop duré. Elle s’en ira au mois de juin avec la belle-sœur de sa Nénette, sa vallée tempétueuse si douce et imparfaite. La voilà cette vallée, sur cette photographie. Ce n’est qu’un lac inondé par l’empathie des passants. Mais on sait très bien que Jeanne-Elise risque sa vie avec des Vladimir et des Donald, des Elons et des Jeff, des Bernard et des Michel, des Edouard et des empires d’épiciers qui ont trop mal au ventre maintenant qu’ils ont vu qu’elle était déchaînée, totalement déchaînée sur ses pulsations.
Pourrait-on dire que l’on en a dit assez sur ces ménopauses qui coulent les femmes alors que l’andropause des hommes les gagne, qu’ils craignent pour leurs testicules et leur scrotum, leur anus et leur désir pour Jeanne-Elise qui s’enfuit avec l’homme de sa vie qui s’appelle Arthur, et pas Jacques…
Arthur oui c’est toi que j’attendais depuis tout ce temps. Tu étais retenu en Abyssinie, puis tu es revenu au port de Marseille, enfin tu as pris l’hydravion pour me rejoindre et faire monter ta note de liquidation des forêts… des Landes, du Bordelais et des Monts d’Arrée… Enfin quel été ! 2022 ? Je venais d’avoir cinquante ans et j’attendais le monsieur qui n’est jamais venu me voir. Je sais qu’il ne viendra jamais parce que c’est trop compliqué avec moi maintenant qu’on se voit par ordinateurs interposés. Ce Jean-là est un méchant qui dribble avec les hérissons qu’il a mis au bout de ses crampons, comme s’ils étaient dans sa bulle de savon alors qu’il faut en faire un diamant brut, une petite pépite qui saute sur les jupes des filles, une puce que l’on met à l’oreille de celles qui n’ont plus grand chose à dire ni à faire, si ce n’est répéter un texte dicté dans cette puce qu’elles ont dans le cervelet. Elle le sait, elle la sent. Et cette puce, elle l’a depuis sa naissance. C’est le premier bébé bionique… Le premier androïde, mi-humaine, mi-robot, mi-humaine, mi-ordinateur avec des tas de passés à remettre dans son computer, celui qu’Elon a mis dans son Ludwig. Cette fille, c’est un diamant. On veut qu’elle s’échappe mais on a envie de la retenir alors qu’elle n’a rien fait pour l’instant, juste remplir des pages et des pages d’imbécilités toutes plus hénaurmes qu’elle. Jeanne-Elise n’était pas née quand Jeanne Avril a vu sa peine commuée en silence éternel. Voilà, elle est la descendante de Jeanne Avril et de Toulouse-Lautrec… d’Artistide Bruant et de Colette, de Marcel Proust et de Cléo de Mérode. Bientôt, elle va prendre la gloire sous un autre nom, mais elle ne sera pas là pour voir ça. Elle sera dans un château, à vérifier que son nom est bien caché derrière ses portes et ses fenêtres. Demain, elle ouvrira les volets et que fera-t-elle après ça ? Après cette gloire inusuelle qui lui dit qu’elle n’obtiendra jamais le ticket avec l’homme de sa vie, celui qui se cache derrière d’autres volets . . . . En face de chez elle ? Il parait qu’il aimerait Léonard Cohen…
Moi aussi se dit jeanne-Elise…
Et s’il a une famille avec une femme et des enfants ?
S’il aime Jeanne-Elise parce que c’est suffisant d’aimer une fille qui aime les chats ?
Alors, on dira qu’ils se sont bien trouvés, comme dans un boomerang pris dans un enchaînement répétitif, un loop éternel, une loupe que l’on n’a pas imaginée trop vite et un poêle à gagner avec les frites du camping qui sont parties trop vite… On va refaire le match qui n’est pas encore gagné… Rien n’est jamais achevé et tout se poursuit…
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