
Jeanne-Elise a fort à faire, mais pas avec son chevillard, qui est un homme qui pétrit beaucoup la bonhommie. Qui est même très bonhomme parfois. C’est un homme je crois, nous dit Elvire qui passe son chemin, et qui retrouve Jeanne-Elise au bar du coin qui se morfond sur sa passion pour les crampons… et les crampes qui la maintiennent affamée d’écritures… et voilà que Jeanne-Elise a fait couper son cerisier et qu’elle l’a bien regardé. Elle espère simplement qu’il se laissera bien faire pour ne pas se noyer dans la masse, qu’il restera aussi majestueux qu’il l’a été jusqu’à maintenant. Cet homme-là, son géant d’Hedelfingen, est un colosse qui rejette ses petits pour qu’ils aillent faire d’autres petits ailleurs… sur des terrains plus inhospitaliers. Il n’a pas peur de les rejeter pour aller voir ailleurs si j’y suis comme disait si bien le père de Jeanne-Elise, Juan-Paolo. Oui, le père de Jeanne-Elise était d’origine espagnole par son père et arabe par sa mère qui était kabyle. Ils ne s’appelaient ni Decouty ni Dallès, mais Crudo pour le père de Jeanne-Elise et Ben Arfi par sa grand-mère paternelle. Des origines de sa mère, Jeanne-Elise ne parle pas. A peine sait-elle qu’elle était suisse italienne, un peu suisse allemande et franco-suisse en passant par la Belgique. Sa mère était en famille avec la reine des Belges… et la Queem Mum Family d’Angleterre. Ce qui fait qu’elle était doublement princess in loves affairs. Quant à Jeanne-Elise, elle était en affaire avec son cerisier qui lui demandait de ne pas trop en faire, si ce n’est de lui demander de lui rendre des services précieux comme dénoyauter ses carnets pour retrouver son avis en avril 2006. Qu’avait-elle pu bien écrire le 25 avril 2006 ? Eh bien que son Géant d’Hedelfingen était déjà un brave boy, un bon élément plein de promesses qui lui ferait des caresses à chaque fois qu’elle balaierait son visage avec le moindre de ses rameaux, un peu comme des rameaux d’oliviers, mais des rameaux de cerisiers étaient de véritables joyaux avec une vraie ramure pleine de rondeurs.

Voilà. Jeanne-Elise s’était fait un beau bouquet avec ses branches de cerisier en bourgeons de fleurs. Arriveront-elle à grandir, ces fleurs qui deviendront bientôt blanches et si rondelettes que Jeanne-Elise parcourra toute son armoirie d’horrible fille sexy en periculoso pour aficionados du ridiculos. En vrai, ce bouquet est très beau et le téléphone de Jeanne-Elise ne lui rend pas honneur, même en mode portrait. Ce bouquet est en réalité très majestueux, très simple et très cosy. Pas besoin d’aller à Leclerc ou Intermarché pour s’acheter de beaux bouquets. Une branche ou deux de cerisier en bourgeon suffisent pour remplir la pièce d’une âme aussi belle que la plus belle des sorcières. Jeanne-Elise est une sorcière ? Oui, sans doute un peu. Elle ensorcelle en tout cas les pauvres gens qui la prennent pour une manante alors qu’elle est simplement surprenante. C’est ainsi avec les filles qui ne font pas de cadeaux habituellement. Elles s’offrent une imagination à offrir en pâture aux mistigris qui lui disent : merci bien mais ton chien qui est mal appris ira sauter par-dessus le grillage quand je l’aurai mis en cage… Et voici que Jeanne-Elise a découvert le pot aux roses qui n’en n’est pas un mais qui, dès demain, remédiera au problème des chiens qui passent à travers le grillage : elle mettra des mini-rosiers au pied de son rosier grimpant pour faire une barrière naturelle à des sales cabots qui prennent son terrain pour des cabinets. Et voilà que le cabinet se transforme en terrain de roses de Bossuet qui n’ont pas tout à fait dit que tout était fini. Il va encore falloir remédier à plein d’histoires. Ces histoires de sorcières viennent des gitans qui prient la vierge Marie mais qui ont des serpents au-dessus de leurs têtes. La fille est une Gorgone et la mère est une Méduse. Le fils est un Léviathan et le père une sacrée buse qui imite si bien le chant du paresseux qu’on lui donnerait une pelle pour qu’il la tende au bon dieu. Mais de dieu il n’y a point. Ce sont les esprits qui sont chagrins de devoir apprivoiser des Donnadieu et des Priemamain. Et dans tout ce fatras, Jeanne-Elise est comique mais il va falloir cibler la mise en orbite de ses sujets. Elise, Elvire, Jeanne, Oona, Lizzy, autant de femmes qui ont besoin d’ouvertures sur un monde qui leur laisse plein de pensées, plein d’idées mais dont on sent irrémédiablement la fin… Combien de trumperies faudra-t-il subir pour que l’on s’échappe d’une fin aussi peu subtile qu’aliénable à une décision : celle de prendre sa vie en main sans avoir besoin du pouvoir des autres. Le pouvoir, on l’a en soi, dans ses convictions, dans ses lendemains dont on voudrait qu’ils s’enchantent tous les matins dès que l’on se lève, aussi neuf.ve que guilleret.e et pouvoir se coucher avec la sensation d’avoir tout assez bien fait dans sa journée, sans se regarder en arrière en ayant l’impression que l’on a du caca derrière.
Jeanne-Elise est satisfaite de son journal hebdomaire. Son journal quotidien est à refaire. A défaire, à refaire et reprendre les problèmes à même le corps, avec un chevillard pour matador qui ira tuer la bovine avec un surin. Ce chevillard-là a une pensée quand il la voit aussi morbide. Un surin… Mais qu’est-ce que c’est ? Eh bien c’est une lame fine, une arme blanche, dont on se sert dans les coupe-gorges. Et Jeanne-Elise coupera la gorge de ses voisins en les remettant dans le train vers les Saintes-Marie-de-la-Mer où ils iront tuer les flamants roses en pensant que la chair est cuite et flambée à la 16 dans un barbecue qui leur dira : vas-y, planque-toi dans mes braises et brise-toi dans la glace avec un pic de seiche qui me dira que tu as tout pris dans la glaise… et je suis morbide, lucide, extra-lucide et pleine de pensées, se disent toutes ces filles sus-citées. Je ne suis qu’une mais je suis aussi multiple qu’une seule fille.
Elise, Elvire, Oona, Jeanne, Elsie, Lizzie Lechat.
Voilà comment elles s’appellent les filles d’une génération sans complexes, rondes et civilisées comme des petits chats ronds qui sont aussi lisibles qu’une lettre… au père… ou au pair…
Après, Jeanne-Elise ira voir la mer et s’y plaira jusqu’à y rester au-delà de la fin du soi.

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