
Jeanne-Elise n’a pas encore fini sa route en pays dunois, loin s’en faut. Et pourtant, il faudra bien, un jour ou l’autre, quitter ses biens pour gagner la côte et faire le tour des plages dans le Cotentin. Signifier au doute qu’il y a tant de choses à faire du côté des illusions, des ambitions d’une fille qui n’a pas toute sa raison mais qui s’efforce de bien faire tant son état de santé semble lui échapper, mais pas tout le temps. Sa solitude se confond avec son attitude, chaste et sereine. Jeanne-Elise est une reine. Jeanne-Elise a le port d’une petite reine. Jeanne-Elise aime les reines, pas les princesses. Jeanne-Elise est une reine d’Ecosse et s’en va vivre à l’autre bout du monde, vers Bab El Oued ou Sarfatine,Jeanne-Elise aime les safaris photos et prend son appareil photo dans sa poche pour faire rimer images avec réalité moche. Non, la réalité n’est pas toujours aussi moche que ça. Le film qui se tourne autour de la vie de Jeanne-Elise ne lui appartient pas. Sa vie ne lui appartient pas mais son libre-arbitre est celui d’une fille soumise aux courants marins. Elle doit remonter la marée avec ses mains, ses petites mains sur son clavier d’ordinateur qui la fait dériver vers des lendemains qui ne seront pas forcément meilleurs mais qui devraient être plus calmes et plus respectueux de la vie humaine. C’est en tout cas ce que nous espérons en allant en Britanny du sud avec cette bonne vieille Britanny qui aurait pu s’appeler Britney, comme Jeanne-Elise qui n’est en rien une Britney Spears du pauvre. Jeanne-Elise est une riche de ses sensations, de ses appréhensions et n’a rien de quelqu’un de pré-fabriqué. Jeanne-Elise a été construite avec des contrefaçons et elle s’est ingéniée à se construire contre ces artefacts d’une vie moderne qui ne la rattrapera pas tant que ça si elle quitte le Pays Dunois pour rejoindre une vallée, un estuaire, une bouche d’horizon pour un Rhône qui n’existe pas, en tout cas pas à cet endroit. Jeanne-Elise ira renoncer à sa vie d’avant en devançant l’appel de Sainte-Radegonde et fera voeu de religiosité envers les esprits qui la fécondent, qui lui inoculent des diamants dans son esprit et au bout de ses doigts qui se font discours, prolongements de sa pensée unique et si versatile à la fois. Jeanne-Elise n’est pas une débile. Jeanne-Elise a besoin d’un chat et uniquement d’un chat pour la remettre à l’endroit. Avec les chiens, c’est trop affectif alors qu’un chat affectueux a une noblesse dans son regard, au fond de ses yeux qui font que tu mets une limite à toute effusion. Distance, circonspection et appréhension sont les maîtres-mots de toute relation dans une vie humaine qui se respecte. Voilà. La distance est bien mise et bien là. Jeanne-Elise est une reine, pas une princesse. Jeanne-Elise est la reine Mary-Ann-Elizabeth.Et voilà pour le port de la reine qui se marie avec un David quelque part, dans une autre vie, sur une autre planète mais pas celle de sa vie actuelle. Jeanne-Elise est descendante d’une longue lignée de rois et de reines. Jeanne-Elise n’a rien d’une matriarche. Jeanne-Elise n’est pas fatale. Jeanne-Elise est subtile et n’impose ses opinions que quand on lui dit qu’elle a tout bon dans ses opinions. Jeanne-Elise veut un chalet en bois pour offrir à Samuelle son destin de revenir à ses origines, à Mortagne-au-Perche, où l’on mange du boudin avec des pommes fruits. Un chalet en bois pour finir sa vie au bord d’un étang, près d’un lac artificiel, celui de la pêcherie d’Ilona-Marie Suffit. Voilà, maintenant, passons au revers de la médaille. Jeanne-Elise ne se marie avec personne si ce n’est avec son chat. Jean-Philippe, Jean-Edouard, Jean-Christophe ou Jean-Tombouctou passent à la trappe. Il ne lui reste plus qu’à prier le vaudou pour qu’un Jean-Eric la rattrape mais il est déjà trop tard tant la vie de Jeanne-Elise se dessine, seule, irrémédiablement seule, indubitablement seule, pas par engagement mais par vie insuffisamment riche des sentiments qu’elle inspire aux autres. Alors elle s’en bat les steaks et préfère revenir à sa toute première petite pêche… un amant, Jean, qui la ramène au pays du temps présent, sans s’échapper car Jean aime Radegonde, le prince Jean et la reine Jeanne-Elise ont tant de choses à raconter que le page Jean est tout entier à la page de Jeanne. Indubitablement, insatiablement, de manière aussi élégante que possible, en posant sa tête sur une toile, un bras, une épaule, juste une épaule. Jeanne pose sa tête sur l’épaule de Jean. Ils se regardent, enamourés et se disent adieu pour une éternité qui les font revenir demain, pleines fleurs, dans la tombe d’une dissertation. Pas de baba, ni de rhum, juste un croissant… if you please, Queen Jeanne-Elise. You’re welcome, Prince Jean.
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