
Jeanne-Elise sait qu’il faut de la prestance pour s’isoler, loin des tourbillons d’une vie qui la rend maussade. Pourtant, Jeanne-Elise n’est pas de nature à devenir maussade ou ronchonchon. Jeanne-Elise est modeste et futile à la fois. Elle aime les gens modestes qui ne se la pètent pas, comme elle, alors qu’elle sait qu’elle est un génie de la vie civile, qu’elle peut apporter toutes les solutions à tous les problèmes pourvu que l’on s’en donne la peine. A qui appartient un réseau de fibre ? A qui appartient la fibre si ce n’est celui qui en devient le conducteur, c’est-à-dire le particulier qui la fait venir jusqu’à sa machine. Et la solution est là. Tout le réseau de fibre appartient à chaque particulier. Quel binz, quelle anarchie croyez-vous ? Et la toute puissance des opérateurs qui s’octroient des téléphones ? Je n’aurais jamais fait subir une telle machine à sous alors que je suis sans le sou. Comment donner au plus offrant, tout le temps, alors que l’opérateur est planqué derrière son téléphone à ce que tu demandes un impossible, c’est-à-dire avoir le wifi dans toutes les entrées de patelins amis du web, dans toutes les traversées à visée commerciale et aires de camping… Bref.
Jeanne-Elise écrit très vite mais elle a moins de célérité désormais dans ses doigts, sur son clavier qui est avantagé puisqu’il a été fait sur mesure… Il est adapté à ses mains larges et puissantes. Jeanne-Elise est une femme puissante et se mesure au prix que l’on met dans les écuelles… pas dans les fermoirs ni les fabriques de pantalons… Elle a quelques boutons a recoudre… et c’est tout… Plus rien en elle ne bouge et elle demande sa main à Jean-Eric qui lui accorde le bon dieu mais pas la confession… Voilà…

Jean-Eric est seul et préfère l’apprivoiser de biens drôles de manières, à la façon du Prince Bec d’Oiseau, ce conte de Charles Perrault où une jeune femme de l’aristocratie est punie pour ne pas avoir choisi un prince à cause du bec d’oiseau qu’il aurait eu prétendument au-dessus de la lèvre. Son père lui donne alors en époux le premier mendiant venu. Les deux époux, si mal assortis apparemment, vont vivre près du château du richissime prince Bec d’Oiseau mais la jeune femme est précipitée dans une vie pleine de malheurs, de richesses à envier et de trésors à cacher pour faire expier cette jeune femme au caractère si rétif et certainement, plus que tout, timide et sauvage puisqu’elle refusait tous les prétendus époux de toutes les paroisses et qu’elle aurait certainement préféré se marier à un homme comme son père. Et tout est bien qui finit bien puisque le prétendu mendiant n’était que le prince Bec d’oiseau qui a récupéré la jeune femme devenue douce et obéissante comme chaque bonne épouse devrait l’être… ? Vraiment ? Jean-Eric croit-il que Jeanne-Elise est si rétive que cela ? Jeanne-Elise est embarrassée car elle n’aime aucun homme en particulier et tous à la fois, pourvu qu’ils soient gentils, polis, respectueux de ses envies comme de ses non envies… Qu’il soit à sa portée sans se mettre au diapason obligatoirement. Jeanne-Elise a besoin d’un partenaire ? Non, elle a besoin d’un alter ego et, pour l’instant, son alter ego, c’est son chat Moona. Moona va très bien et se laisse caresser, se laisse regarder au fond des yeux et aime les cheveux de Jeanne-Elise, sa main qui la caresse et sa bouche qui lui donne les baisers qui lui manquaient. Moona aime tout ça chez Jeanne-Elise et les caresses sur son dos, sa colonne vertébrale, au poitrail et sur le bout de son nez qu’elle a tout noir. Elle aime les bisous dans le cou et les caresses sur le chapeau. Moona est vive et rapide, plus rapide qu’un cheval qui se met au diapason de sa cavalière. Jeanne-Elise a trouvé un cheval mais il n’est pas encore rentré au paddock. Est-ce un pur sang anglais, un postier breton, un bon vieux percheron, un selle français, un poney du Connemara ou un petit Shetland qui court aussi vite qu’un caniche royal au portail de la mère à Venot ? Monsieur Proust-Venot, Alain de son petit nom, Alain-Fabrice, c’est le prénom qu’il s’est donné après avoir fui les Gestapistes. Ce qui n’arrange pas les affaires de Jean-Eric et Jeanne-Elise qui s’attendent quelque part dans une écurie, mais laquelle ? Est-ce au manoir de Courboyer, au haras de Hennebont ou au Centre équestre castellois ? Qui décidera de cette rencontre qui se fait grandement attendre. Jeanne-Elise aime le pain. Il ne lui reste plus qu’à trouver de la confiture en pensant à Jean-Eric. Framboises ou abricots ? Elle penche plutôt pour les framboises parce qu’elle sait que Jean-Eric adorera cela avec un bon pain comme Jeanne-Elise sait si bien les faire, sans beurre mais avec beaucoup de fromage blanc 0% de matières grasses. Jeanne-Elise est aussi dresseuse de serpent… Jean-Eric va vite s’en rendre compte quand elle aura un minimum d’amis à faire vivre dans son petit cagibi.
Et c’est un nouveau départ pour Jeanne-Elise qui arrive désormais à se retrouver dans une famille qu’elle s’est construite avec beaucoup de mamies, de nounous, de mamans et de dames qui sentent la menthe poivrée alors qu’il faudrait une lavande mélangée à de la vanille. Voilà pour le bruit à donner à la machine à laver !
Texte et photos : Elise Vellard.
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