De Jeanne à Jean

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Jeanne pense à Jean, son amant de Saint-Jean

Se contenter du puits et s’effaroucher

Jeanne-Elise est bipolaire. C’est dans son caractère et Jean-Eric est facile à démonter. Il n’a pas la bouche facile et le bras agile. Il a l’air d’un archéologue qui demande son chemin quand il doit aller sonder des terrains. Jean-Eric est fragile et râleur à la fois, ombrageux parce qu’il ne sait pas ce que Jeanne-Elise a enduré dans sa vie. Jeanne-Elise est lucide. Est-elle extra-lucide ? Tout ce qu’elle sait, c’est qu’elle n’ira pas demander son chemin. Elle préfère tailler la route et sonder son GPS. Jean-Eric prendra le bon chemin, celui d’une rétrogradation dans une idée qu’il s’était fait de la louée. Celle qu’on louait par tous les vœux de chasteté pour mieux s’accrocher à une vie de simple mais la vie de simple a aussi ses complexités, ses complexes aussi et Jeanne-Elise est anthropologue et non philosophe. Jeanne-Elise se perd dans les concepts et les ires qu’il faut amadouer. Jeanne-Elise ou Jeanne-Eric ? Nul ne sait qui viendra récidiver. La prochaine fois, c’est à pied qu’elle ira croiser le fer avec Jeanne-Eric. Elle sait qu’il est fragile et qu’il n’a pas dit son premier non. Non qu’il soit entièrement sacrifié. Il lui manque le modus, la modalité et une certaine manière d’apprivoiser les vieilles mégères. Jeanne-Elise n’en n’est pas une, elle est bien pire que cela. Jeanne-Elise est une modeste et croit en la vie sur terre qu’on lui présente comme un enfer. Jeanne-Elise a envie de rire, de se moquer et d’avoir l’esprit d’escalier pour pouvoir s’échapper comme elle a pris l’écriture à bras le corps pour s’enfuir avec Jean-Eric qui est un grand-père, un valeureux capricieux qui avait envie de pleurer quand on lui a présenté la fesse-Mathieu, la cunegonde aux seins mangues 🥭 bien mûres et le boudin sacré qui n’est rien d’autre qu’une fille qui fait son marché sans en avoir l’air, dans un jardin du verre où il fait bon manger une poitrine de veau farcie et son gratin dauphinois pour finir avec une tarte aux poires chocolat fondante à souhait. Jeanne-Elise, imperturbable, confond son sac avec une vache. C’est comme ça qu’elle appelait son sac quand elle allait au collège pour avoir son bac ainsi que son Bach dont le ruisseau est fait des sources de Jeanne-Elise et de Radegonde qui a trouvé la source du Riant grâce au sabot de son cheval.

Il ne lui reste plus qu’à se rendre au théâtre. Avec Jean-Eric qui l’a bien intriguée au fond. Elle se demande s’il a apprécié sa mousse au chocolat. Elle sait qu’elle ne l’a pas tout à fait reconnu. Était-ce lui, un chaman ou un ami qui s’est fait la malle pour qu’on l’exorcise d’avoir joué aussi vaillamment un double jeu ? Il n’est pas dans son assiette, Jeanne-Elise a eu les jambes coupées, un cœur qui battait et puis après plus rien. Elle s’est apaisée en écoutant Couperin et Jean-Sebastien Bach qui la stimulent. Dans quelques heures, elle s’en ira raconter qu’elle a vu un sosie de Jean-Denis qui déjeune tous les jours au restaurant pour rencontrer du monde. Et puis il se barre dès que le monde arrive. Il tient la route pour écrire un peu, retenir son souffle et penser à ce qu’il dira demain parce qu’aujourd’hui tout est déjà conté. Et compté. Demain, il ajoutera que sa vie était facile à côté de celle de la débile. Et qu’elle s’en ira avec le facteur d’une redoute à connaître bientôt, celle d’une carte qui ira loin, sur le chemin d’un fantassin ou d’une fantaisiste qui aime sa frime.

Texte et photos : Elise Vellard.


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