
Jeanne-Elise se rappelle d’un type que l’on appelait Cresus et qui s’appelait Creuzet car il faut creuser pour trouver de l’eau au fond des puits ce qui manque assurément à mademoiselle Ambre Chalumeau qui se paie des coachs pour la mettre en petit bikini sur les plateaux de télévision. Et surtout, ce qui lui manque par-dessus tout, c’est de l’intelligence car elle ne comprend rien aux filles de cinquante ans qui ont bourlingué toute leur vie en se trouvant trop lourdes parce que leurs mamans les ont portées comme un fardeau et non comme un petit trésor qu’il fallait protéger et mettre en valeur dès leur naissance. Parce que les filles nées en 1972 n’ont rien de filles anodines et qu’elles ont lâché le fric qu’elles gagnaient dans leurs fans clubs complètement débile. Jeanne-Elise n’a jamais eu vraiment de style bien défini car elle était elle-même le style qu’il fallait adopter tout de suite, de la fille complètement décalée et totalement originale que voulait voir sa maman en elle. « Ma fille est originale », disait-elle à propos de Jeanne-Elise sans comprendre que l’originalité passait avant tout par la case maladie, puis désespoir, surtout beaucoup de désespoir de ne pas être jugée à sa valeur car avec l’originalité on fait tout et n’importe quoi et surtout beaucoup d’anarchy in UK. Et surtout, Jeanne-Elise comprend aujourd’hui qu’elle est une animiste, que les esprits qui la considèrent sont vraiment des partenaires et qu’on ne tue pas son intelligence à coups de matraquages publicitaires. Une certaine Hélène d’une petite radio très privée et largement subventionnée dans laquelle Jeanne-Elise travaillait, disait des bosses de chameaux qui y bossait : ces gens là sont une insulte à notre intelligence. Et Jeanne-Elise ajouterait : et à notre valeur travail. Car Elise a beaucoup trop travaillé dans sa vie et elle s’est vue piller ses meilleures années à cause de sa trop grande générosité et d’une humilité sans faille qu’Ambre Chalumeau ne semble pas connaître, trop occupée au moindre détail pour parvenir à être vraiment une femme fatale. Elle manque surtout cruellement de l’humour dont elle n’a pas hérité de ses riches parents car ses mots sont creux et vides de sens et qu’il faut singulièrement creuser pour gagner de la profondeur. Et souffrir aussi. Il faut vraiment souffrir dans sa chair par des viols à répétition pour arriver à un certain niveau de compréhension des autres êtres humains, des plantes et de tous les animaux qui composent cette petite planète que l’on nomme Terre. Si vous voulez comprendre comment notre bon roi de l’édition tourne sur son trône si géant, lisez Le cœur synthétique de Chloe Delaume. C’est très fin et très intelligent, ça respecte le lectorat en le mettant dans la connivence et en ne prêchant pas de blabla c’est disponible en collection Points Seuil à 6,90 euros. Madame Delaume est née en 1973 et ça veut déjà dire beaucoup de choses pour Jeanne-Elise mais ne la stigmatisons pas avec cet âge dans lequel elle ne doit pas se sentir confinée car elle est libérée dans sa tête de tout un carcan qui veut la foutre dedans. D’abord une mère qui la phagocyte puis un père qui suicide sa véritable passion pour les richesses de sa vie. Mademoiselle Delaume a un humour perçant qui a percuté de rires grâce à un burlesque très raffiné, ce qu’essaie de faire Jeanne-Elise dans sa moindre apparition sur le net. Jeanne-Elise n’est qu’un petit trublion percuté par un humour très bon teint, chic et pas cher, comme le veut sa vie de solitaire.

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