
Jeanne-Elise s’entête, persiste et signe dans tous ses apostolats. Elle nie sa différence et sa déférence au monde entier. En fait, il faudrait que tout ceci se choque…
En réalité, Jeanne-Elise est en cours de relecture d’un discours fondateur et loin d’être laudateur pour les gentes masculines et féminines qui l’entourent. Elle veut s’accrocher à un système qui court à sa perte. Trop de bruits, trop d’envies, trop de jalousies et trop de bagouts nuisent à sa propre production.
Il va falloir que Jeanne-Elise sache utiliser sa machette pour élaguer toute ce baratin. Jeanne-Elise a besoin d’une bonne infusion, pas d’effusions. Jeanne-Elise salive à l’idée d’une infusion au thym citron et à la mélisse de son jardin. C’est ce qu’elle retient aujourd’hui de ses envies de faire les courses. Elle se contentera de son jardin et pas besoin d’un sac à main. Il suffit d’une grande tasse pour faire entrer les herbes dont elle raffole. Ensuite, ajouter l’eau bouillante et le tour est joué. Aussi simple qu’une infusion dans son air bag.
Jeanne-Elise s’occupe de sa grande oeuvre. Elle demande doigté et précision. Personne ne pourra la comprendre, il s’agit d’un roman à clés. Qui pourra faire une explication de texte sur ce qu’elle ressent au plus profond (à moins que ce ne soit à la surface) de son cerveau qui s’assagit depuis qu’elle prend davantage de Solian et un soupçon d’olanzapine pour faire reculer sa propension à la bipolarité ?
Jeanne-Elise est psychotique. Elle ne peut plus faire machine arrière. Trop de choses se sont passées. Elle va devoir composer avec sa fatigue, elle compose déjà beaucoup avec sa maladie qui l’épuise. Aujourd’hui comme hier, elle n’est fatiguée en rien. Son cerveau se repose et ne fonctionne pas à tout bout de champ. Son cerveau fonctionne mais de manière moins intempestive. Il est moins pris par ses vivacités, ses manières de faire des liens de tout et en tout…
Jeanne-Elise n’aime pas les théoriciens. Elle ne jure que par l’empirisme. Voilà pour ce qui se dit dans les fabriques de liens… Jeanne-Elise fonctionne à l’instinct, à l’instant, à l’innovation… Que va-t-on encore lui inventer cette après-midi pour qu’elle fasse demi-tour ? Elle doit aller voir le médecin. On verra bien ce qu’elle lui dira… Pour l’instant, Jeanne-Elise n’a pas perdu sa foi en les saintes écritures. C’est même ce qui la fait vivre. Elle n’aime en réalité que ça. C’est un modus vivendi et non un motus et bouche cousue.
Personne ne l’arrêtera d’écrire… C’est un pari sur sa vie, son enfance, son adolescence, son adulescence et maintenant son obsolescence qui se programme pour minuit. A minuit pile, elle appuiera sur le bouton… Le bouton de sa lumière pour s’endormir d’un sommeil réparateur. C’est tout ce qu’elle demande à la vie. Pouvoir dormir, récupérer de ses efforts, manger et… écrire en faisant des baisers à sa Moona, sa petite accompagnatrice qui l’attend sur un lit. Moona pionce tout le temps et attend que Jeanne-Elise fasse un pas pour la remettre sur son chemin. Moona est noire, a les yeux verts et dorés à la fois. Moona est ronde et svelte. Moona est tendre, curieuse et manipule très bien Jeanne-Elise pour la faire fondre de tendresse. Moona aime les baisers qu’on lui tend et les caresses dont on l’abreuve de temps en temps. Elle est ainsi : manipulatrice et réparatrice.
Jeanne-Elise va tout couper, élaguer dans le jardin de son oeuvre capitale et primordiale, fondatrice et culpabilisatrice. Maintenant que sa mère est partie, Jeanne-Elise ne craint plus le courroux de qui que ce soit… Elle n’a plus froid aux yeux… et c’est déjà ça !
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