
Jeanne-Elise vit toujours à fond, c’est-à-dire qu’elle fait le plein de sensations dont elle essaie de ne pas se laisser envahir… Qui aime-t-elle réellement, si ce n’est son chat dont elle est responsable ? C’est ce qui la retient sur terre car elle n’a pas l’envie de s’accrocher à la vie aujourd’hui, jour de l’anniversaire de sa mère qui est partie en janvier, le 2 janvier exactement… Et depuis, elle a du fil à retordre avec Jean-Eric et ne sait plus si elle doit aimer… Jean-Vincent, Jean-Martin, Jean-Purcell ou Henryk, tout simplement, qui n’est pas très loin de ressembler à Jean-Eric qu’elle ne rendra pas jaloux, bien au contraire, puisqu’il est condamné à se taire tant il est englué dans des affaires politico-financières.
Henryk est beaucoup plus sain mais ne s’abreuve que d’eau de vie passée par des tourbes et des sphaignes. Ceci ne va pas avec ses envies de nature. L’eau de vie n’est pas naturelle, seule l’eau de source est une essence, réelle, pour continuer à fonctionner. Jeanne-Elise aime ses jambes, ses bras et sa poitrine. Henryk ressemble à Jean-Eric mais il aime davantage la nature qui n’est rien d’autre qu’une culture désormais. Quel point du globe n’a pas encore été approché par l’être humain ? Quel brin de nature n’est pas encore passé par les fourches caudines d’une quelconque activité humaine ?
Jeanne-Elise se désespère de constater qu’il n’y avait plus de nature désormais, rien d’autre que de la culture, de l’irrépressible envie de l’être humain de maîtriser absolument tout son environnement. Jeanne-Elise, chez elle, laisse la nature reprendre ses droits le temps de quelques mois. Puis elle interviendra pour montrer qu’elle maîtrise ses sujets, les arbres et les plantes qu’elle a disséminés sur son terrain pour leur permettre d’exister en tant que sujets et non en tant qu’objets.
Elle est à mille lieues de ce que font ses voisins qui s’ingénient à prendre des êtres vivants pour des objets, ce qui rend l’humeur de Jeanne-Elise totalement incompatible avec ces horribles personnes qui ne font qu’observer tout ce qu’elle fait, ses allées et venues, ce qu’elle écoute ou qui elle voit, qui elle rencontre et qui elle entend faire venir chez elle. Pour qui travaillent ces gens ? De qui sont-ils les flics ? Jeanne-Elise ronge son frein mais elle fera intervenir une société de surveillance privée pour se sentir chez elle.
A quand le suicide de Jeanne-Elise me direz-vous ? Eh bien pas avant vingt ans. Pas avant qu’elle n’ait écrit l’oeuvre qui la démange. Elle doit l’inscrire dans sa manière de voir les choses, les gens, les manipulations et les grandes embardées vers un village, une ville, un hameau, un habitat et des agrégats. Pour l’instant, elle n’est qu’à l’aube de sa volonté de faire oeuvre mais elle y arrivera sans gagner un seul sou. Elle se cachera pour écrire, comme une volonté de mourir en se cachant du regard des gens qui se croient importants…
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