
Jeanne ne s’expose plus : ni aux cris des enfants, ni aux regards des mamans. Jeanne ne supporte plus les cris stridents des enfants, les cris rauques des pères et des mères. Jeanne ne supporte pas la maternité et la paternité. Avoir un enfant en 2025 ? Un écocide pour Jeanne qui préfère faire de la place à un couple de mésanges qu’au petit de l’homme dont les envies sont toujours tant et plus insatiables.
Jeanne est sobre. Elle se met à l’abri de toutes tentations commerciales ou mercantiles. Elle ne se promène qu’en des endroits où les commerces sont absents. Jeanne ne supporte plus le grand capital. Est-elle pour autant communiste ? Non, Jeanne est simplement soucieuse de son environnement ou plus simplement de ses environnements. Jeanne vote ? Oui, Jeanne met un bulletin dans l’urne et elle vote Henry David Thoreau. Seule la nature mérite que l’on ait envie de se battre pour elle.
Que préfère Jeanne en ce moment ? La nature ou la culture ? Jeanne ne dissocie aucun de ces thèmes tant il est évident qu’elles sont liées à jamais.
Moins de nature = moins de culture. C’est aussi stupide que cela.
Jeanne est en train de lire, en ce moment, « Le ravissement de Lol V. Stein » de Marguerite Duras. Tout n’est que culture chez Marguerite Duras alors Jeanne va chercher un peu de nature dans son jardin, dans son paysage quand elle va se promener à Saint-Avit-les-Monts, et dans « Résister » de Henry David Thoreau.
Jeanne tente de résister à tous les écocides de la Terre. Elle se sent satisfaite de n’avoir mis au monde aucun enfant. Elle a Moona dans sa vie, une petite chatte irrésistible. Elle a aussi les oiseaux dans sa vie. Pas plus tard que ce matin, une hirondelle est entrée dans sa maison. Elle l’a faite sortir par la fenêtre de toit de sa salle de bain. L’hirondelle était tellement effrayée qu’elle se débattait contre les parois des murs et les carreaux des fenêtres dont elle tentait de s’échapper. Jeanne lui a permis de retrouver sa liberté. Une hirondelle ne se laisserait pas enfermer dans une maison. Jeanne lui a permis de sortir et de retrouver les siens. Elle a eu le temps de l’observer et de remarquer qu’il s’agissait d’un bel oiseau.
Jeanne, elle aussi, a regagné sa liberté mais est prisonnière d’un contingent matériel. Gagnera-t-elle assez sa vie pour pouvoir écrire jusqu’à la fin de ses jours sans penser aux lendemains ? Jeanne veut avoir l’esprit tranquille. Elle ne s’en remet à personne. Jeanne veut écrire, c’est la condition sine qua non de sa liberté d’esprit. Elle veut écrire pour sa postérité. Elle veut limiter les publications de son vivant et se projette dans sa mort. Elle a commencé à construire une oeuvre qui vaudra certainement la peine d’être lue d’ici trente-cinq ou cinquante ans. C’est ainsi.
Jeanne veut se mettre à l’abri des écocides de son temps. Elle ne comprend pas que l’on mette au monde un enfant de nos jours, de le faire sciemment, dans le contexte actuel, dans des sociétés violentes qui mettent à mal ce qui reste de nature. Jeanne prône la nature avant toute activité humaine. Jeanne vit au naturel. Elle a tout de même un smartphone et un ordinateur qui épuisent la nature. Jeanne les utilise avec parcimonie. Sinon elle lit, se promène, regarde des vidéos youtube ou écoute la radio qui lui est d’un grand réconfort.
Jeanne pense aux hirondelles qui sont de retour, vives et audacieuses. En ouvrant la porte de sa maison, deux d’entre elles se sont envolées pour se poser sur les fils électriques devant sa maison. Bientôt, c’en sera fini de ces fils électriques qui seront tous enterrés. Alors voilà. Sur quoi les hirondelles vont bien pouvoir se poser et à quoi pourront-elles s’accrocher ?
Jeanne se fait l’effet d’être une hirondelle elle aussi. Elle aime sa liberté qu’elle vient à peine de retrouver, sa folie s’étant dissipée. Bien sûr, elle pense encore à Jean, ce qui est une folie en soi étant donné qu’elle ne l’a rencontré qu’une seule fois dans sa vie. Le reste du temps, elle le fantasme en pensant à ces amants qu’elle aurait pu avoir. Donc elle s’en tiendra là.
Jeanne est une hirondelle qu’il faut aider à vivre pour qu’elle puisse survivre grâce à ses écrits. Jeanne est irrémédiablement seule, elle ne le sait que trop bien. Elle peut compter sur l’appui d’une amie. Un équilibre fragile. Un écosystème fragile. Jeanne vit dans une société écocide. Jeanne va faire tout son possible pour survivre grâce à ses écrits, quoi qu’il advienne d’elle. Jeanne aime : Moona, Jean et ses amies. Elle pense à ses morts et se dit qu’ils seraient très amoureux de ce qu’elle est devenue.
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