
Les silences sont des absences. Jeanne est sans nouvelles d’une amie depuis hier. Que faut-il en penser ? Qu’elle est beaucoup trop occupée pour regarder son téléphone ?
Jeanne ne pense rien. Elle s’ennuie. Elle ne sait plus ce que serait sa vie si elle n’avait plus du tout d’amies. Jeanne est seule. Mais je l’ai déjà écrit je crois, que Jeanne vivait un désert social, réduit à sa plus simple expression. Jeanne ne veut plus aller à Aurelcastel. Il n’y a rien à y voir, personne à rencontrer ou en tout cas si peu de monde.
S’attabler pour prendre un café à une terrasse ? Oui, pourquoi pas mais Jeanne attend surtout que sa situation administrative s’assainisse. Elle se languit toujours d’une réponse de la sécu. Jeanne est seule face à ses tourments mais je l’ai déjà écrit je crois.
Jeanne va s’enfermer aujourd’hui pour écrire. Elle ira sans doute voir son frère dans l’après-midi. Elle espère qu’il sera aussi aimable qu’hier. Jeanne est seule mais je pense l’avoir déjà écrit il me semble.
Jeanne est un rouge-gorge. Elle pense à l’aigrette qui a dû perdre ses petits hier dans le pré que Jeanne partage avec son frère. L’herbe, très haute, a été broyée hier. L’aigrette avait dû faire son nid dans les hautes herbes. Elle a longtemps suivi le tracteur qui a arasé l’herbe et certainement le nid par la même occasion. Peu de temps après, Jeanne a vu du duvet. Sans doute le duvet d’un des petits de l’aigrette, à moins que ce ne fut le duvet de l’aigrette elle-même qui s’est envolée et enfuie de ce trou perdu où sa volonté de vivre et de se reproduire a été anéantie.
Jeanne pense à l’aigrette qui, elle aussi, doit se sentir bien seule aujourd’hui. Elle qui avait donné un sens à sa vie en ce printemps en se reproduisant doit être bien décontenancée. Elle va certainement se remettre en quête d’un mâle, en quête d’un lieu sûr pour poser ses œufs. Dans le pré de Jeanne, elle n’avait été dérangée par personne pendant plusieurs semaines. Voilà. Jeanne et son frère ne se sont pas assez précipités pour faire araser le pré. L’aigrette n’y aurait certainement pas trouvé refuge il y a deux semaines encore. Voilà. Le mal est fait et Jeanne a de la peine pour l’aigrette qui se retrouve aussi seule que Jeanne. Voilà.
Partir regarder l’horizon. Ecrire, par-dessus tout. Telle est la mission de Jeanne qui se trouve à l’abandon. Dans cette jachère de toute vie sociale, Jeanne ne peut qu’écrire pour ne pas se sentir seule. C’est ce qu’elle espère.
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