
Jeanne est en retard sur sa vie. Pas d’enfant, pas de mari, une vie sociale à l’état de néant : personne n’envierait la vie de Jeanne. Alors Jeanne écrit pour oublier qu’elle ne peut pas être comprise ni par ses proches, ni par ses lointains. Jeanne s’est mise à l’écriture de récits et de romans assez tardivement, tout comme à la poésie. C’est à l’orée de ses cinquante ans qu’elle a voulu rattraper le temps perdu. Pour cela, il lui fallait sortir du système social lambda : travail, famille, loisirs.
Les seuls loisirs de Jeanne étaient l’écriture, bien qu’elle s’adonne à la cuisine, à la marche et, dans une moindre mesure, au jardinage. Voilà ce qu’elle mettrait sur son CV si, un jour, elle devait reprendre un travail. Pour l’instant, elle a très exactement deux ans pour devenir écrivaine reconnue comme telle. Peu de gens dans son entourage y croient réellement. Alors Jeanne s’accroche mais son nouveau traitement ne lui permet pas de rester concentrée très longtemps sur ce qu’elle entreprend. Tout la fatigue très vite. Il faut qu’elle s’habitue à ce traitement qu’elle connaît déjà depuis longtemps. Il lui faut revenir en ses sentiments anciens : être plus apathique, sentir moins d’émotions… Jeanne continue sur son statu quo.
Jeanne se couche tôt et se lève tard. Seuls ses romans, ses récits et ses poésies lui donnent l’ambition de se lever le matin. Et donner à manger à son chat, Moona. C’est le seul objectif de sa journée, cette altérité qui lui permet de rester dans la réalité.
Penser à Jean, écrire aussi pour Jean mais surtout écrire pour la postérité. Jeanne écrit pour être publiée post mortem. C’est son seul objectif. Et elle fait bien, sinon, elle serait traînée devant les tribunaux pour diffamation. Pas besoin de ronger son frein pour Jeanne. Ceci va de soi, tout simplement. Jeanne n’a plus d’ego depuis fort longtemps, depuis qu’elle est tombée malade. Et elle se sent bien ainsi. Elle n’a pas besoin d’en remontrer à qui que ce soit. Et elle n’a pas besoin qu’on lui en remontre. Jeanne est toujours aussi seule et elle emmerde ceux qui disent qu’on ne la comprend pas quand elle écrit.
Jeanne écrit et c’est très bien ainsi.
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