
Jeanne est en passe de retrouver sa voiture. Il ne lui manque plus qu’un papier que l’expert doit lui adresser pour le lui retourner signé. Pour l’instant, elle n’a toujours rien reçu. Jeanne est dans l’expectative… Elle se dit qu’elle n’a pas vraiment de chance. Jusqu’où ira son embarras ? Alors, pour conjurer le sort, Jeanne écrit et continue son récit, celui qu’elle a entamé cet hiver ou au début du printemps. Elle ne se souvient plus comment il est né.
Jeanne continue à regarder les vidéos de son ancien atelier d’écriture en ligne mais elle n’y comprend plus rien. Le propos de l’animateur, qui est aussi écrivain, lui semble de plus en plus obscur et abscons. Elle est, en réalité, satisfaite de ne plus faire partie de cet atelier d’écriture qui, humainement parlant, ne lui a rien apporté. Il a eu le mérite de lui apporter une hygiène de vie en matière d’écriture, de s’obliger à écrire tous les jours, quoiqu’il advienne. Et il est bien réel que la vie de Jeanne n’est faite que d’écritures.
La vie de Jeanne est aussi suspendue aux créations de Jean qui se contente actuellement de ses aphorismes. Jean continue son tour de l’île d’Oléron à vélo. Il est à la recherche du meilleur spot pour réaliser ses vidéos qu’il monte au fur et à mesure de ses pérégrinations et qu’il mettra en ligne une fois revenu à Château-du-Loir. Une mouette qui plane, un goëland qui vient voler une frite aux pieds d’un enfant, une glace qui fond, une plage qui se remplit ou qui se vide de l’eau avec ce reflux qui montre toute la puissance de l’eau. Jeanne aimerait être aux côtés de Jean, près de lui, tout contre lui et ses bras puissants. Mais pour l’instant, elle se contente de fantasmer sur cette carrure, celle dont elle se souvient plus de vingt ans après leur première rencontre au festival des Vieilles Charrues à Carhaix. Elle se souvient simplement d’une silhouette, de bras qui sont passés au-dessus de ses bras, d’un claquement de doigts et d’une matière à mettre sous hypnose. Jean était beau à ce moment-là. C’est en tout cas l’impression qu’en a ramené Jeanne qui doit se contenter de quelques petites vidéos désormais pour se faire une idée de ce qu’est devenu Jean.
Actuellement, Jeanne relit les Autofictif d’Eric Chevillard tous les soirs. Elle dispose aujourd’hui de la collection complète de ces petits carnets à glisser dans une poche ou un sac. Cette lecture lui fait beaucoup de bien et l’apaise avant de s’endormir du sommeil de la juste. Jeanne aime Chevillard, que voulez-vous, mais il ne remplacera pas Jean. Il en est juste le prolongement…
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