
Aujourd’hui, ça aurait dû être l’anniversaire de l’amie d’enfance de Jeanne. Elle aurait eu 53 ans. Jeanne a encore des amies mais elles n’ont pas la disponibilité qu’avait Pom. Jeanne ne sait que penser de sa disparition. C’est certain qu’il y a un manque enclenché quelque part. Jeanne ne sait pas quoi faire de cette information. Elle a la tête et le cœur lourds. Alors elle s’abstiendra de toute réflexion.
A qui Jeanne dédie-t-elle tous ses poèmes ? A Jean ? A Pom ? A sa mère qui l’aime quand elle est amère ? Jeanne se dédie avant tout tous ses poèmes. C’est pour elle-même qu’elle les écrit, pour se sentir bien, se sentir meilleure qu’elle ne l’est. Ce sont des poèmes dans lesquels elle apostrophe, parfois, le gentil Jean qui, lui, s’adresse à Jeanne quand il écrit des poèmes lui aussi. Il lui dédie toutes ses vidéopoésies. Jeanne aimerait pouvoir faire de même mais elle pense aussi à ses morts et c’est aussi grâce à eux qu’elle écrit. Elle écrit en pensant à eux. Ils l’inhibent et la désinhibent en même temps.
Jeanne aimerait voir cette journée passer rapidement et se projeter dans la journée de demain où elle doit voir son infirmière psy. Jeanne éprouve le besoin de se confier, de son envie de devenir écrivaine et de ne travailler qu’à cela. Jeanne veut renforcer ses anticorps d’écrivaine pour être vaccinée contre la procrastination. Jeanne aime Jean et déplore le manque de proximité avec son poète préféré (en dehors d’Eric Chevillard qui est son écrivain vivant préféré). Elle aurait besoin d’avoir un contact un peu plus proche avec Jean et la télépathie ne suffit pas forcément à faire d’eux un couple d’amoureux, un couple de poésie et de littérature. Jeanne ne ressent plus assez son esprit. Elle est parasitée par d’autres pensées.
Aujourd’hui, la journée est dédiée à Pom qui ne reviendra pas. C’est un peu comme si Jeanne ne croyait plus en son décès. Pour elle, Pom ne l’a jamais vraiment quittée. Elle est toujours dans un coin de sa tête. Jeanne a grandi depuis deux ans. Elle s’est rassérénée et tous ces morts qui la hantent sont autant de fidèles compagnons pour lesquels elle a beaucoup d’amour. Dans dix jours, ce sera le deuxième anniversaire de la disparition de Pom. Comment ne pas penser à elle ? Jeanne l’aimait vraiment beaucoup alors elle lui dédie sa journée.
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