
Jeanne a trouvé le meilleur des médicaments : l’écriture et le spoken. Elle improvise des poésies, continue ses récits et s’exprime dans des vidéos d’une minute où elle essaie de donner le meilleur d’elle-même. Le climat actuel est délétère pour les défenseurs de l’environnement dont font partie Jeanne et Jean. Sans être des activistes, ils se retrouvent tous les deux autour des mêmes causes : le bien-être naturel, aussi bien animal (dont l’être humain fait partie) que végétal. Jeanne et Jean savent bien que l’être humain fait partie d’une grande chaîne alimentaire dont il est un maillon fort, un ravageur, un prédateur de la pire espèce. On accuse actuellement les chats d’être des tueurs de biodiversité mais l’être humain est le pire des prédateurs.
Jeanne se met à écrire dans son jardin, sur son petit netbook qui n’a malheureusement pas assez d’autonomie. Elle dispose donc d’un temps limité pour arriver à ses fins, c’est-à-dire écrire le récit de vies. Elle a appelé sa grande œuvre « Une vie à l’œuvre ». Elle remplit des cases dans de grands ou petits récits qui se répondent plus ou moins. Elle a commencé une grande fresque qui prend corps au cœur même de Saint-Avit-les-Monts. Son frère appelle ceci des histoires de village. Jeanne appelle cela une étude de mœurs sur une période qui va des années 40 aux années 2020. Peut-être écrira-t-elle des années 1920 aux années 2020. Elle n’a pas encore réalisé ce qu’elle allait faire. Elle n’écrira pas de généalogie. Les histoires se répondent. Jeanne construit sa fresque pas à pas, un peu au jour le jour. Elle n’en n’a pas référé à Jean. Elle agit incognito, en solitaire, sur un traitement de texte qu’elle veut garder secret pour l’instant. Personne n’a accès à ces écrits qu’elle veut garder confidentiels pour un bon moment.
Pour le moment, Jeanne écrit et c’est le plus important dans sa vie. Peu importe qu’il n’y ait pas encore d’instance de publication. Cela n’importe pas à Jeanne de ne pas être lue. Elle est simplement vue sur les réseaux sociaux alors à quoi bon. Quant à sa vie privée, ses histoires de succession et ses frères, Jeanne garde pour elle ses impressions sur ces bulldozers qui veulent minimiser la vie d’une femme. Ils font des choix, notamment le plus jeune qui veut faire peser ses choix funéraires sur les épaules de sa sœur. Jeanne n’est pas d’accord. Elle ne veut pas mourir avec ses frères. Elle a choisi de vivre, sans eux. Elle n’a plus de famille. Ce manque d’équilibre familial nourrit ses récits. Alors, pour se sentir mieux, Jeanne écrit et construit. Une fresque, une œuvre, un grand récit ou une grande poésie. L’avenir dira ce que l’on en fera. Pour l’instant, ses écrits sont anonymes et tenus au secret. Tout ceci passera-t-il à la postérité ? A l’heure actuelle, il n’appartient à personne de le dire, même pas à Jeanne, qui a bien trouvé le meilleur des médicaments en s’exprimant artistiquement.
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