
Jeanne voudrait écrire des poèmes à Jean mais elle n’y arrive pas. Les mots affleurent à son esprit mais ils ne passent pas la barrière de la langue. Jeanne est comme empêchée de s’exprimer. Elle pense à Jean et, simultanément, elle pense à des choses qui ne la ravissent pas. Elle aimerait tellement se concentrer sur Jean, ne penser plus qu’à lui en ce moment de forte canicule où elle est contrainte de rester enfermée par la force des choses. Jeanne, comme beaucoup de monde, est confinée dans sa maison. Elle ne voudrait pas retomber dans la maladie. Pour l’instant, elle ne souffre pas de la solitude puisqu’elle écrit, dans la mesure du possible, aussi raisonnablement que possible.
Mais ce regain d’amour pour Jean commence à l’alerter. Elle a tellement peur de replonger dans un n’importe quoi. Elle a Moona pour l’accompagner dans son quotidien et rythmer ses journées. Elle a son amie Chrys et quelques piges pour la vie sociale mais, depuis samedi, elle n’est pas sortie de chez elle. Elle reste à l’intérieur de sa maison qui commence à se réchauffer malgré les volets fermés. Jeanne se sent funambule et, pour l’instant, garde raison. Mais la folie qui l’anime pourrait très bien revenir si elle n’y prête pas attention. Elle prend ses médicaments et c’est tellement indispensable dans cette maladie sournoise.
Mais Jeanne voudrait tellement écrire un poème à Jean et elle s’en sent incapable pour l’instant. On verra bien demain si elle éprouve encore des difficultés à lui exprimer son amour et son intérêt pour tout ce qui le touche. Mais peut-être Jeanne devrait faire profil bas car elle sait que Jean est aussi réservé que timide. Peut-être est-il taciturne dans son quotidien, pas vraiment commode dès le matin. Alors, peut-être vaut-il mieux qu’ils ne se fréquentent que dans cette virtualité si indispensable à leur équilibre.

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